28 janvier 2007
Sébastien
Comment se raccrocher à un fil qui n’existe pas, se rattraper à une main que personne n’a voulu tendre ? Sébastien, tel qu’il s’est rebaptisé en empruntant le prénom d’un martyr, tente pourtant de tisser ce lien familial tant espéré. Les appels au secours se succèdent mais il l’a bien compris. Sa différence l’exclut, il s’enferme, s’enlise dans une spirale infernale qui le poussera à "rendre" cette vie que ses proches ne veulent ou ne peuvent admettre : "ma mère ne voulait pas voir…".
Son frère, le narrateur, commence alors cette quête du lien fraternel, à la recherche de souvenirs enfouis au fond des tiroirs et des mémoires.
"Je m’entends dire "J’arrive !"
Les situations d’urgence me font trembler – la voix, les membres, le silencieux grelottement de tout le corps – comme cette sonnerie du téléphone qui me réveille au milieu de la nuit (je suis un fantôme qui se lève, le souffle coupé, et se dirige nu en tâtonnant – l’éclairage électrique m’éblouirait – vers l’appareil), aucun mot ne parvient alors à sortir de ma bouche avant que je rassemble, comme on dit, mes esprits – j’en aurais donc plusieurs, éparpillés par le sommeil.
Mon frère a pris l’habitude d’appeler après minuit, dans ses heures d’angoisse les plus ténébreuses. J’ai beau le savoir, j’appréhende le râle d’un insomniaque inconnu au bout du fil, ou ces appels du bout du monde – des erreurs de numérotation – aux accents inouïs qui transgressent les canaux horaires et se déroutent jusqu’à mon logement."
