le_soupirant2Isabelle Minière
Jean-Claude Lattès, 2001

"C’est alors qu’on l’a remarqué. En reposant nos tasses. On l’avait oublié. Faut dire, il est discret. Surtout depuis qu’il ne parle plus. Ma mère a dit : « Je vais aller coucher votre père. » Et a posé sa tasse. Nous aussi. On était bien synchronisés.

Donc on l’a regardé. Ma mère a dit : « Mon Dieu ! » On s’est tous levés d’un coup. Quelle tête il avait ! "

Voilà, le bal est ouvert !
Vous l’aurez compris, ça se passe pas bien pour le papa dans cette famille. Le voilà une fois de plus en train de mourir, de quoi lasser Elodie… Alors, au chevet du mourant, elle va se livrer à un monologue décapant.
Flash-back sur son enfance, son père, sa mère, son frère, sa sœur… ça aurait pu être le vrai bonheur…
Pour le coup, on assiste à un joli jeu de massacre entrecoupé des Pfff du père complètement inerte. Ben oui, il soupire. Souffle-t-il les bougies de son gâteau d’anniversaire qu’il n’a même pas goûté ? Va-t-il s’arrêter au chiffre fatidique ? Tout le monde participe au décompte funèbre. La mère a l’air de se complaire dans son rôle de future veuve à répétition. A force, elle excelle, en rajoute à souhait, des fois que ce serait la bonne !
Le frère, gentillet, compte, les chiffres c’est son truc. Du coup, les Pfff du papa, ça occupe son bonhomme.
La sœur, elle, est une vraie caricature. Envieuse, calculatrice et surtout, elle réfléchit énormément au sens de tout et de rien.
Et puis, il y a les employeurs d’Elodie, qui n’est pas vraiment Elodie (on ne saura pas son vrai prénom). Née le même jour que leur défunte fille, ce fut l’unique critère de son embauche. Rebaptisée illico par sa patronne, elle héritera également de ces fringues, ses affaires… On lui trouvera toutes les ressemblances possibles, bref, elle sera la remplaçante.
Entre ces deux familles, il y a de quoi perdre un peu plus de son identité quand à la base on a tendance à se chercher !

On peut dire qu’Isabelle Minière n’y va pas avec le dos de la cuillère dans cette satire familiale. Mais quel régal ! Le roman démarre au quart de tour. On se demande où l’on a bien pu tomber et jusqu’où cela va aller. Elle tient la barre d’un bout à l’autre, pas de temps mort, c’est du corrosif pur jus comme j’aime.

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