la_belle_maisonFranz Bartelt
Le Dilettante, 2008

Impossible de passer sans ciller lorsque j’ai vu la belle couverture de ce petit opus et puis c’est un Bartelt, alors… Si vous n’avez pas compris que j’ai craqué pour lui !...
Bref, à peine en poche et déjà lu. Il faut dire qu’il sait raconter les histoires ce monsieur et j’ai plongé littéralement dans cette histoire villageoise hors du commun, ou presque. 
Direction Cons-sur-Lombe. On pourrait croire que Bartelt  force le trait avec le nom de cette bourgade mais il le dit lui-même, Cons-la Grandville a existé pour s’appeler maintenant La Grandville.Alors, pas de rapprochement trop hâtifs avec ce "Cons", quoique !
Bref, revenons à notre petit village "avec près de deux mille habitants, une place équipée de sept bancs de couleur, d’un jet d’eau et d’un abribus pourvu d’un plan de la commune… Cons-sur-Lombe était un village qui se donnait des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières…"
Il faut dire que M.Balbe, le maire, met toute son énergie dans la gestion de cette commune avec une devise plus qu’ambitieuse "Toujours plus et toujours mieux qu’ailleurs" dans le mépris ou l’ignorance de la loi. Comment ? On ne peut pas doubler la surface du terrain de foot ???  Pourtant, "avec un terrain plus long et plus large, et des buts en proportion, nous montrerions au monde entier que les Consiens sont de fameux joueurs, qu’ils courent plus vite et plus longtemps que les châtrés des autres équipes !"
Il ne recule vraiment devant rien pour faire de Cons "la pierre angulaire du carrefour incontournable". Il a la phrase choc, le parler haut et fort, ce qui ne l’empêche pas de cacher derrière sa carcasse (il pèse tout de même 160 kg) une fragilité à fleur de peau et de fondre littéralement en visionnant la Dame aux Camélias. Est-ce un hasard d’ailleurs s’il a épousé une créature souffreteuse ? "Toujours entre deux maladies, elle vomissait à volonté, présentait des fièvres et des symptômes éruptifs qui renouvelaient sans cesse les thèmes de ses bavardages."
Cons vit donc au rythme des trouvailles du maire. On y retrouve évidemment  le "2ème bureau" du maire : "En attendant d’officialiser ses méthodes à l’aube du troisième millénaire, il prenait ce qu’il appelait des Décrets de comptoir, chez le Josse, tenancier de la Gurlette, un établissement prospère et sans concurrence, qui présentait l’avantage de se trouver à un moment ou un autre de la journée obligatoirement sur le chemin du Consien moyen, qu’il se rendît à la mairie, à l’église, à la poste, à l’épicerie du père Chéchème…"

Seule ombre à ce tableau idyllique : les Capouilles, un couple de marginaux échoués à Cons plusieurs années auparavant qui vivent de petits boulots et ne demandent rien à personne. Certes, ils vivent dans une vieille masure excentrée du bourg mais tout de même, pour Balbe, cela ne peut durer. Sous la houlette du maire,  les notables vont entreprendre de faire le bonheur des Capouilles malgré eux : Rénover " la Belle Maison" et l’offrir aux Capouilles !
Voilà une peinture villageoise des plus cocasses mais, sous le vernis apparaissent des touches bien plus sombres, une réalité que Balbe veut transformer sans comprendre. Peut-on tout faire au nom du bien ?   Balbe, en tout cas fonce, c’est dans son caractère et toute la fourmilière suit. On assiste à du grand burlesque avec les après-midi de ces dames et surtout l’affrontement entre le maire et le curé pour la bénédiction de la maison ! (du Don Camillo sur Lombe !)
C’est surtout dans l’évocation du couple Capouille que je fonds. "la poésie est une invention rassurante pour l’homme" selon Bartelt, elle est au cœur du roman, dans le cœur et la vie des Capouilles et c’est un pur plaisir !
Je ne saurais que vous conseiller la lecture de ce joli roman évidemment ! Laurence a également aimé !