Baratin

sur mes coups de coeur

30 avril 2008

Les noeuds

les_noeudsFranz Bartelt
Le dilettante, 2008

"-  Mon fils, n’aie jamais peur du lendemain. Le monde aura toujours besoin de nœuds. Je commence à comprendre que les anciens ouvraient la bouche aussi pour dire n’importe quoi ".
Basile est le dernier d’une dynastie de « maîtres nœuds ». Génération après génération, les Porquet ont vécu des époques grandioses, ils étaient l’élite du pays. Aujourd’hui, des bouts de carton ont remplacé les vitres cassées, il pleut dans la masure remplie de cordes en tous genres. Plus d’espoir d’en vendre aujourd’hui !  Qui aurait besoin de nœuds d’ailleurs ! On ne grimpe plus à la corde à nœuds à l’école ! La marine ? Pffft !
Pourtant, il sait en faire des nœuds ! Un vrai virtuose dans son genre, c’est sa vie, à tel point qu’ils ont occulté tout le reste ces foutus noeuds. Il est seul aujourd’hui. Contrairement à ses aïeux, il n’a pas trouvé de femme. Avec lui va s’éteindre la dynastie.
Dans sa très grande solitude, il soliloque. "Es-tu heureux, Basile ?... Je ne saurais dire, Basile, disait-il, car vois-tu, le nœud a tellement envahi ma vie qu’il a pris la place du bonheur". 
Alors, il se l’invente ce bonheur. Elles défilent les belles dans son imagination avec une préférence tout de même pour la femme du chômeur d’en face. Mais c’est surtout Notre-Dame de la Consolation, "eau bénite à 45%, reliquat des opérations alambiquées" de son arrière-grand-père Achille Porquet, qui lui tient compagnie et lui réchauffe la carcasse.
Faute d’avenir, il revit le passé prestigieux et Bartelt dépeint une scène de retrouvaille à la fois hilarante et tellement pleine de tristesse ! On passe du cocasse au tragique car c’est la fin d’un monde dont il est question. Dans le délire solitaire de Basile, Bartelt, avec sa verve habituelle, nous livre un récit succulent, une fois de plus !
Un petit régal.

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27 avril 2008

Nous sommes tous des Carthaginois

nous_sommes_tousCatherine de Saint-Phalle
Buchet/Chastel, 2004

"J’ai oublié quelque chose en route. Je ne sais pas où. Je ne sais pas quand. La sensation est fugitive et tenace." 
Joséphine nous livre une partie de son enfance parisienne entre des parents quelque peu particuliers, Mauve, sa nurse, la chambre rouge, les fées et les anges mais aussi les cauchemars, l’école des sœurs Videlange où elle apprend à faire des bâtons.
C’est surtout un récit en grande partie autobiographique. "J’ai voulu, avec ce livre, me remettre dans la peau de cet enfant qui est encore là à me regarder comme si elle cherchait quelque chose."
Alors, effectivement, on lit le sourire aux lèvres le récit de cette fillette choyée par Mauve qui comprend, veille, dorlote… on se demande de quelle planète viennent ses parents, entre une mère cleptomane et frivole et un père, qui tous les samedis lors de promenades, se lance dans des tirades sur les Romains, les Grecs, les Macédoniens et surtout les Carthaginois. Il y a aussi, tous ces frères et sœurs dont son père lui annonce l’existence, comme ça, en passant…
"
Parfois, je me demande si cette chose que je cherche ne me vient pas de tous ces gens que mon père a planté dans ma tête ."
Un roman sensible, souvent drôle, des personnages hors normes mais j’avoue avoir peiné un peu lors des passages justement sur les Carthaginois, trop longs à mon goût. J’ai un peu décroché mais l’ensemble est touchant, alors…

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22 avril 2008

La plieuse de parachutes

la_plieuseMercedes Deambrosis
Buchet/Chastel, 2006

C’est dans une ambiance pesante que nous plonge Mercedes Deambrosis avec la plieuse de parachutes.

Grisaille sur Paris en ce mois d’octobre… lettre à en-tête d’une maison de retraite annonçant le décès de Georges R… Père-Lachaise… crématorium.
Quatre personnes sont présentes et attendent le moment qui va emporter à jamais cet être que personne n’a jamais vraiment connu. Il y a le cousin et la cousine, l’ami et la bru du défunt. Le fils, lui, va une fois de plus rater ce dernier rendez-vous avec le mort…embouteillages… D’ailleurs, ils ne se sont jamais connus non plus. Depuis sa rencontre avec sa deuxième femme, le père a dû tout balayer autour de lui ou plutôt, c’est elle, cette plieuse de parachutes qui a fait le vide. Il a suivi.
Bien sûr, il y a eu les tentatives de raccrocher les wagons, rattraper le temps. Ils ont tenté ce père et son fils. Ils se sont revus…
"- Ah, bonjour, dit-il aimablement. C’est vous ? – Oui Monsieur, j’étais venu… il n’osa rien lui dire de plus, ni lui rappeler leur rendez-vous."
Le malaise est d’emblée présent. Deux heures d’attente au crématorium durant lesquelles des inconnus vont évoquer un mort que finalement personne ne pleure vraiment, entre non-dits et sous-entendus. "J’aurais dû penser aux fleurs" regrette la belle fille.

Le froid pénètre, la grisaille décline ses dégradés au fil des saisons. Entre le crématorium et la maison de retraite, les murs résonnent de ce vide qui existait entre le père et son fils. Pourtant, de l’amour, il en était question. Sûrement.
Radioscopie d’une absence faisant sombrer dans une solitude sordide.
"Aussi, il y avait encore des choses très importantes auxquelles se rattacher : les repas, la chaleur, l’absence de douleurs aux jambes, sa place derrière la colonne de la salle à manger, à quelques pas de l’entrée de la cuisine, ce qui lui procurait le plaisir de manger chaud, puisqu’il était servi parmi les premiers. Il avait toujours aimé manger chaud."

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20 avril 2008

Les enfants

stassenStassen
Dupuis, aire libre, 2004

Ils sont 4. Angel, Mongol, Airbus et Black Domino. Au loin, dans les collines, les assaillants redoublent leurs tirs. Ils sont encore épargnés. Ils traînent leur petite vie entre la rue et le centre d’accueil "save the innocents" où Anika la suédoise leur apporte un peu de chaleur et surtout à manger. Et puis, quand ils en ont assez de fabriquer des paniers, ils retournent à la rue où ils tentent de grapiller quelques pièces.
Les parents dans tout ça ? Disparus, assassinés : c’est la guerre civile.
Dans la bande, il y a les durs à cuire qui se la jouent déjà et il y a les deux plus jeunes : Angel, à peine sorti de l’enfance et qui en bave. "Mon crâne se resserre…ils ont assassiné maman…merde…ma maman". Et puis Mongol avec sa bouille craquante et ses yeux ronds comme des billes. Le plus petit, mais aussi le plus mûr de tous même s’il s’est créé un monde en marge de la réalité et parle essentiellement aux animaux et aux choses.
Dans cet opus, on ne sait pas trop où l’on est. Certes, on imagine bien que la tragédie Rwandaise n’est pas loin. Les assaillants sont de plus en plus proches, la ville est quasi déserte. Restent quelques âmes qui zonent "chez Achille" pour siroter, en attendant…

Encore une belle découverte que cette BD pleine de sensibilité. Une histoire dure qui reflète la réalité de ces gamins livrés à eux-mêmes, pas encore enfants-soldats mais ils n’en sont pas très loin…et les dessins (très sombres !) sont magnifiques !
Je découvre avec beaucoup de joie cet auteur que j’avais noté chez Sarah et vais m'empresser de dénicher les autres titres !

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15 avril 2008

La vie en lunettes roses

La_vie_en_lunettesLaurie Colwin
Autrement, 2003

Des lunettes roses, une poignée de carambars chipés illico par un petit baratineur toujours aux aguets quand une lettre rebondie arrive. Ok, c’était écrit que c’était pour lui… De mon côté, je me suis plongée dans ces deux nouvelles de Laurie Colwin avec autant de gourmandise car par extraordinaire, je ne les avais pas lues. Quand Fashion me les a proposées, j’ai répondu avec un grand OUI enthousiaste car Colwin, j’adore !
Dans la vie en lunettes roses, elle nous embarque au sein de la communauté universitaire pour suivre Ann dans sa quête "herboristique".Défoncée 24/24, elle est aussi très accro à son prof de mari. "Thorne m’emmena vivre à la campagne. Il avait été nommé dans un institut universitaire exclusivement masculin où, à mon sens, ne devait circuler aucune drogue. Qu’il pût m’entraîner dans un tel lieu était symptomatique de l’état de dépendance amoureuse dans lequel il m’avait mise". Pourtant, la campagne recèle des trésors que l’on ne soupçonne pas… il suffit de chercher un peu… On suit alors Ann dont le seul talent est de planer et qui redevient une ménagère (loin d’être exemplaire) tous les soirs auprès de Thorne qui ne s’aperçoit de rien… L’amour rend-il réellement aveugle ?
Tout comme ce Philip Hartman dans la nouvelle une fille dangereuse, qui va entretenir une liaison pour le moins singulière avec l’étrange Lilly. "Blonde, de taille moyenne, elle pouvait avoir entre vingt et trente ans. Son visage ne livrait rien ; elle était vacante, mais non passive. Elle avait un œil vert et un œil bleu. Cette disparité lui donnait la profondeur qui caractérise le visage des statues – sauf que celles-ci n’ont pas d’yeux… Sa présence était presque neutre, ses vêtements étaient neutres… On est devenus amants, si ce terme est approprié, puis elle est partie sans un mot, sans laisser un seul cheveu sur l’oreiller, le moindre mégot…rien."

Une bonne dose d’herbe, des femmes dont les hommes pensent qu’elles sont candides ou folles, des hommes menés par le bout du nez par les femmes, un grand souffle de liberté, le tout dans une ambiance universitaire bien pensante mais finalement complètement farfelue : Plongez dans ces deux nouvelles avec ou sans lunettes roses, c’est un vrai petit régal pour les inconditionnelles de Laurie Colwin !
Fashion a tellement peu de place dans sa bibliothèque qu’elle vous propose cette petite virée en lunettes roses ! manifestez-vous !
Quelle coïncidence ! Uncoindeblog en parle ici !

Posté par valdebaz à 21:43 - Côté romans - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 avril 2008

Le cœur n’est pas un genou que l’on plie

le_coeurMariama Barry
Gallimard, continents noirs, 2007

Mes connaissances sur l’histoire de la Guinée post-colonialisme sont peu étendues mais suffisantes pour ouvrir ce livre avec une certaine appréhension. Dans ce récit, on est loin des livres coup de poing comme "la mort de Diallo Telli" d’Amadou Diallo, mais l’ombre du dictateur et de ses sbires plane à toutes les pages.
"Comme vous le savez, camarades, mon avancement, je le dois à la Révolution,, au camarade stratège…qui me nomma à se poste pour servir mon peuple. Après soixante ans de colonisation, nous lui sommes redevables de notre condition d’hommes libres. Il nous a libéré deux fois : la première fois de l’impérialisme, du colonialisme et du néocolonialisme français, la seconde fois de l’exploitation de l’homme par l’homme…Nous devons nous mobiliser derrière ce grand homme et lui témoigner notre reconnaissance. Toute personne qui enfreindra la Révolution en marche me trouvera sur son chemin" (!...)
Intimidation, fermeture des frontières, incarcérations arbitraires, tortures… c’est dans ce contexte que l’on va suivre l’héroïne sur une période de 3 ans environ, récit en grande partie autobiographique.
C’est le regard d’une gamine de 12/13 ans au départ, fraîchement débarquée en Guinée à la suite du divorce de ses parents. Loin de la capitale et prise sous l’aile protectrice de sa grand-mère, elle n’a qu’un but : s’inscrire à l’école. Avide de connaissances, elle parviendra à se frayer un chemin dans un contexte hostile. La dictature est un frein considérable puisque les écoles ont été fermées, mais le poids des traditions est lui aussi considérable pour une jeune fille de cet âge et un mariage forcé paraît l’une de ses perspectives la plus proche. "Sache que, devant tes oncles, je ne dirai rien m’assura ma grand-mère. Tant qu’il me restera le moindre souffle, jamais tu ne seras mariée de force. Le cœur n’est pas un genou que l’on plie. Ton grand-père, je l’ai voulu. Je me suis offert un bel homme pour moi toute seule, et qui pour toute richesse n’avait, à part ses terres, que sa beauté."
Voilà une gamine opiniâtre qui résiste face aux adultes, avec les moyens bien maigres dont elle dispose. Elle m’a rappelée d’une certaine façon l’héroïne de "l’hibiscus pourpre",en ce sens qu’elles font preuve toutes deux d’une maturité extraordinaire.
Malgré le contexte politique, le récit est ponctué de beaucoup d’humour avec des répliques bien senties de cette "candide rusée". Elle devra ménager les hommes et leur vanité, les femmes et leur jalousie… "Ménage leur vanité d’hommes. Il faut toujours la flatter. Tout en étant autonome et indépendante, devant eux tu dois étouffer ton intelligence. Cela leur donne l’illusion d’être supérieurs… "
C’est aussi un récit ponctué d’amour, celui d’une grand-mère, loin des grandes manifestations, mais il est là, tendrement avec beaucoup de connivences.
Il y a aussi les premiers émois pour un bel étudiant et un amour démesuré des livres. "Ma grand-mère demeurait interloquée. - Je peux savoir ce qui peut bien te faire pleurer, alors que tu n’as ni faim, ni soif, ni maladie, et de surcroît tes parents en vie ?  Comment lui faire comprendre que je devenais moi-même chacun de mes personnages ?"

Pas de pathos, ni de leçon vis-à-vis de ce que fut l’histoire… le cœur n’est pas un genou que l’on plie est le second volet d’une trilogie après "la petite peule", le troisième n’étant pas encore édité.

Malice l'a lu !

Posté par valdebaz à 22:34 - Côté continent africain - Commentaires [18] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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