29 mai 2008
L’homme que l’on prenait pour un autre
Joël Egloff
Buchet/Chastel, 2008
Difficile de donner mon avis sur ce livre. Ai-je aimé ou pas, je me pose la question après avoir tourné la dernière page et pour tout dire, j’ai failli laisser tomber en route. Pourtant, j’ai malgré tout voulu savoir ce qui allait arriver au héros (un point !) Un drôle de zig tellement quelconque qu’on le prend pour n’importe qui, sauf lui-même ! Il est d’un banal affligeant et mène une vie étrangement calme. Pas de travail à l’horizon pour remplir un peu ses journées qu’il passe à réfléchir, supputer telle ou telle solution à propos de tout et rien. Et puis, être pris pour un autre occupe grandement notre bonhomme qui deviendra un ancien codétenu, truand, amant poursuivi par sa belle par lettres interposées, présentateur météo, mari de sa voisine du dessous…
Seule, une vague grand-tante le relie à la réalité (enfin, c’est vite dit car la mémé perd un peu la boule) lorsqu’il lui rend visite chaque quinzaine. "Un dimanche sur deux – ça me fait une sortie-, je prends le train pour Mourmelon, voir une vieille tante qui rigole pas tous les jours, là-bas, à l’hospice, sauf un dimanche sur deux, justement, où je viens pour lui changer les idées qu’elle a plus très claires … J’ai pris l’habitude d’y aller le dimanche, mais je pourrais tout aussi bien y aller le samedi, si je voulais, ou n’importe quel autre jour de la semaine, vu que je n’ai rien de mieux à faire, je pourrais même y passer la semaine entière, ou pourquoi pas m’installer là-bas pour de bon".
On imagine bien à quel point la mamie doit s’éclater…
Du comique de répétition, il y en a, à condition d’y adhérer. J’ai été un peu frileuse sur ce coup-là car je n’ai pas été emballée plus que ça et le héros m’a plutôt agacée. Est-ce le malaise dans lequel nous plonge ce récit qui est le reflet d’une société dans laquelle les repères s’évaporent, dans laquelle les identités sont englouties et où dire oui est préférable car plus confortable ? Une toile de fond plutôt tristouille avec des couples qui se délitent, des vieux qui se morfondent, la solitude… Tout ceci a pris pour moi plus d’importance que l’aspect cocasse du récit d’un doux rêveur qui mène gentiment sa vie.
C’est le premier roman que je lis de cet auteur dont j’ai trouvé le style fluide et agréable. Le côté absurde du récit ne l’a malheureusement pas emporté et je reste finalement un peu sur ma faim. Premier essai pas entièrement concluant malheureusement mais je compte bien découvrir d’autres titres et les propositions sont bienvenues !
26 mai 2008
Suite et fin au grand Condé
Mercedes Déambrosis
Buchet/Chastel, 2002
Chantal Sureau frise la quasi perfection, du moins professionnellement. Employée zélée, elle est de tous les projets, à toutes heures, elle s’investit. De toutes façons, les vacances l’ennuient. Côté personnel, l’aiguille indiquant l’emballement stagne à zéro : une vie morne vue de l’extérieur. Pour elle, c’est la normalité. Chaque jour se ressemble et rien de tel que quelques mouvements de gymnastique, une douche froide, un en-cas frugal avant de filer au travail. Des journées au cours desquelles elle limite au maximum les relations avec ses collègues (trop ennuyeux !). La petite aiguille s’emballe et fait une poussée (allez à 1.5) spectaculaire lorsqu’elle rencontre Jean-Baptiste Coquerel une fois tous les deux mois (pour la bagatelle hein !). Sa vie va basculer le jour où son patron l’envoie dans un palace pour faire signer un contrat.
"Sur le seuil de l’hôtel, le soleil, enfin, brillait. Une sensation de force de force l’habitait, sa vie prenait un sens, cette brève incursion dans un autre monde l’avait transfigurée. Enfin, elle savait où se trouvait sa place. Où, dorénavant, serait la place de madame…, madame… Elle s’immobilisa sur le trottoir, écarta légèrement les pieds, esquissa un mouvement gracieux à l’instar des danseuses, battit délicatement des mains et se prit à sourire. Non, pas madame…, seulement Madame".
Désormais, elle succombera au luxe une fois par an et prendra possession de la suite Sévigné au Grand Condé où M.Chaput-Toussain, directeur des cérémonies et des banquets l’accueille dans le plus dégoulinant dévouement.
Après plusieurs années, Madame a éveillé chez certains bien plus que du dévouement et sa venue en 1999 se fera sous le signe du complot, de la filouterie, du mensonge le tout enrobé d’une flagornerie décuplée.
Très convoitée, tout le monde tourne autour de Madame : un directeur sur un siège éjectable, un escroc minable à peine sorti de prison qui se fait passer pour un notable espagnol, une femme de ménage qui pense trouver un avenir radieux et par là-même un mari… Bref, le Grand Condé va vivre au rythme de ces chassés-croisés au cours desquels la tension va monter, monter… Qui va gruger qui finalement ?
"Suite et fin au Grand Condé" est un huis clos (ou presque) dans lequel le mot d’ordre est mensonge "servi sur son buisson de salade croquante et coulis de tomate acidulé", agrémenté d’une bonne dose de mesquinerie et de jalousie, le sourire aux lèvres, "toujours très poli, comme les gens d’ici quand ils vous enfoncent un poignard dans le dos".
24 mai 2008
Les larmes de Tarzan
"Tarzan a poussé un hurlement et s’est élancée de la branche"
"Tu sais, là dehors, c’est carrément la jungle ! "
Rien ne laisse supposer qu’entre la première et la dernière phrase de ce livre, Katarina Mazetti va nous servir sur un plateau une histoire d’amour un peu déjantée.
Je me méfie des histoires d’amour un peu chabada entre le beau jeune premier plein aux as qui roule à bord d’une Lamborghini et une mère flanquée de deux bambins en bas âge qui parvient difficilement à sortir la tête hors de l’eau. On est en plein dans ce schéma classique et pourtant ça marche !
Je me suis laissée embarquer dans cette romance actuelle et urbaine où l’humour et la tendresse sont au rendez-vous.
Tout commence brutalement entre Janne et Mariana. Elle, s’amuse sur une corde accrochée à un arbre… lui, se balade juste au-dessous… Choc fatal et inévitable, sinon il n’y aurait pas d’histoire.
Ce que Janne, furax, constate c’est que Mariana-Tarzan est loin de correspondre à ses canons de beauté féminine. Une première vision peu romantique entre un maillot de bain en tissu léopard, "des touffes de poils noirs sortaient de son maillot, en direction de l’aine. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais pas vu un entrejambe non épilé que pendant une seconde j’ai cru que c’était un petit animal", des cernes noirs sous les yeux, des rides de bronzage et des petits seins vilains comme des oreilles de basset.
Et pourtant… la nuit porte conseil… ou plutôt est propice aux rencontres, surtout lorsque l’un est légèrement alcoolisé et l’autre en quête d’une petite séance récréative, distrayante et plus si affinités...
La suite sera un jeu de cache-cache entre les deux. Je veux/je veux pas… La belle a un caractère bien trempé et veut garder son indépendance malgré sa situation plus que précaire. Lui, de plus en plus amoureux fait fi de ses deux bambins énergiques et envahissants pour la combler de victuailles raffinées et autres cadeaux somptueux.
Le hic dans tout ça, c’est qu’il y a Micke, le papa des mioches. Il a certes disparu depuis deux ans, il est certes bien dérangé mais il donne signes de vie ponctuellement et… a toujours sa place dans le cœur de Mariana… Pas facile tout ça pour le bellâtre qui s’est entiché de sa Tarzane !
On retrouve le schéma narratif du "mec de la tombe d’à côté", chacun des personnages principaux donnant sa voix et sa version au fil des chapitres. C’est mené tambours battants, il y a tous les ingrédients de la romance à l’eau de rose et pourtant Katarina Mazetti parvient à balancer tous les clichés pour faire de ce roman une histoire réellement attachante. Une bonne dose d’humour là-dessus et l’on fait défiler les pages roses sans s’en apercevoir !
Cathulu, Cuné et Clarabel pourront confirmer !
19 mai 2008
PIF et piaf
Elles sont nées au mois d’avril et ont déjà trouvé leur nouveau foyer.
Je souhaite bon vent à Rosalie accueillie chez Tamara, à Orangette chez Mirontaine qui a déjà une petite copine Barbotine et à Fleurinette chez Lamia !
Des caresses aux trois minettes !
Quant à leurs maîtresses, je leur fais plein de bises en les priant de ne pas manger toutes les croquettes des chats ! J
Joyeux PIF à vous les filles !
Et puis comme nous sommes en pleine séquence animalière, je vous présente un petit compagnon un peu trop entreprenant qui est tombé du nid. Il m'a, par la même occasion, occupée presque à temps plein, d'où mon absence... je sais, c'est du grand n'importe quoi ! Bref, "petit père" est resté à la maison une semaine et épris d'une grande soif de liberté, il a repris son envol. Il vient maintenant picorer sous les fenêtres. C'est pas mignon tout cela ???
12 mai 2008
Ma vie d'Edgar
Dominique Fabre
Motifs, 2004
"J’étais un enfant calme et tranquille, mais j’avais les traits mongoliens, une sorte de froideur autour des yeux, des lèvres très pâles, des grosses joues, des grosses fesses, ce n’était pas seulement à cause des chromosomes ; j’entendais dire autour de moi il lui manque une case, à voix douce, en cachette, seulement j’avais aussi des oreilles, des oreilles phénoménales…"
Du coup, il l’écoute Edgar, ce monde qui fourmille autour de lui. Depuis sa petite carapace, il capte les sons et observe. De l’hôpital de la rue d’Avron où il va en consultation au parc Monceau, lieu de promenade où sa mère "traîne sa lassitude", il engrange les bruits des oiseaux, des trains, des bus, de la foule à la gare Saint-Lazare, du sifflet du chef de gare : direction le petit appartement à Asnières où ils vivent seuls. Du père, il n’en est plus question.
Dans les longs échanges avec sa mère, les yeux dans les yeux, qu’Edgar puise l’amour maternel. Ils sont malheureusement et bien souvent remplis de larmes et du Paris des années 60, Edgar va se retrouver bien vite accueilli dans une famille adoptive à la campagne, loin, loin.
Une nouvelle vie va commencer chez Ton Jos et Tan Gina, une vie simple, saine entrecoupée des appels de sa mère "ça va ? ben oui."
Un récit d’une grande simplicité à travers lequel l’auteur donne la voix à un gamin un peu simple d’une extrême sensibilité. Ça pince le cœur évidemment mais il n’est pas du tout question d’une histoire chamallow où la pauvre mère qui n’arrive pas à élever seule son enfant l’expédie ailleurs et snif, snif… que nenni. Il y a beaucoup d’humour et des scènes de tous les jours, d’une grande simplicité, certes, décrites avec beaucoup d’émotion. J’ai adhéré et trouvé ce petit opus touchant et d’une grande justesse !
09 mai 2008
La taille d'un ange
Patrice Juiff
Albin Michel, 2008
Je le mets dans mes "auteurs favoris à suivre de près" ! En attendant le 3ème opus... C’était ma conclusion ici…et ça y est, le troisième est sorti en février dernier ! Patrice Juiff nous offre sur un plateau ce recueil de 9 nouvelles sur son thème de prédilection : la famille.
Pas de photo de famille réjouie de se trouver regroupée pour immortaliser le bonheur. Ici, ce sont 9 histoires coup de poing dont il est question. On entre dans le vif du sujet dès la première phrase : "Vince a pris douze ans de taule", " je viens de me disputer avec Olga", "papa nous tabasse tous les dimanche matin", "mon père est mort il y a à peine un mois et demi", "la première fois que j’ai vu ma mère, c’est sur une photo"...
Pas de fioritures, chaque nouvelle nous emporte donc au cœur de drames familiaux entre la violence d’un père et le silence d’une mère (Le dimanche matin), l’incompréhension en face d’une mère annonçant qu’elle veut présenter son nouvel amant à ses enfants un mois et demi après la mort du père. "J’ai du mal à ne pas me dire qu’il est cocu. Un mort cocu. Il n’est pas mort depuis assez longtemps pour supporter qu’on le remplace aussi vite. C’est un mort trop neuf. Merde. Un cocu trop neuf. Un mort cocu vraiment trop neuf." (Ma mère est vivante).
C’est aussi le constat qu’un jour l’amour s’en va "Reine et moi vivons encore ensemble parce que nous ne savons pas vivre autrement" (Chienne perdue) … alors qu’un autre naît "Quand j’ai rencontré Cécile, j’étais donc en train de crever. A petit feu. Comme tous les vieux" (Un cœur en commun).
Des histoires qui nous emmènent au cœur des foyers, bien calfeutrées derrière les volets. On est en plein drames. Ceux dus à l’alcool, ceux que l’on a tus et qui remontent soudain à la surface… Ce sont surtout des histoires d’amour qui charrient leur torrent d’émotions mais attention, on est loin du pathos et du misérabilisme ici. Tout est dans la retenue, les silences, les contradictions quand on aime...
Un panel de situations que l’on pourrait trouver dans les pages faits divers. Et ça secoue, inévitablement, car on s’y retrouve forcément quelque part.
C’est noir, on côtoie des milieux défavorisés dans la plupart des nouvelles, des banlieues peu attirantes mais là n’est pas l’essentiel. On est littéralement happé par ses destins et l’auteur fait mouche à chaque fois. Ma gorge s’est vraiment coincée une fois avec la dernière nouvelle "le premier vrai souvenir que j’ai d’elle" dans laquelle un gamin raconte sa sœur.
J’espère qu’avec cela, je ne vous aurais pas faire fuir car c’est à découvrir ! Les amateurs de nouvelles, tentez, c’est le moment !
Maintenant, j’attends le petit quatrième !...
05 mai 2008
Coeur gagnant
Ma Bal était en folie aujourd'hui !

"Ne pas se fier à la couverture sucrée du roman d'Audrey Diwan, la fabrication d'un mensonge n'est pas un roman sentimental , loin s'en faut." C'est sans doute pour cela que Cathulu a garni sa petite enveloppe de jolis petits coeurs dont ce ravissant cadre, le fameux coeur de Yann Arthus-Bertrand et même un marque-page "le bonheur avec ma tribu !" La perfection !
Une collection qui grandit tout comme celle d'Axel qui a reçu une belle carte postale cochon !
Mille mercis Cathulu !
04 mai 2008
Le livre des QUI
Laura Jaffré et Alain Korkos
Illustrations de Véronique Deiss
De la Martinière Jeunesse, 2007
On devrait s’intéresser plus souvent aux petites choses du quotidien ! En ouvrant le livre des qui, j’ai vite mesuré les limites (minimes hein !) de mes connaissances face à des questions qui pourraient bien me tomber dessus un jour ou l’autre : Alors, qui sait qui a inventé le papier toilette ? Qui fait des trous dans les coquillettes ? Et si comme moi, vous pensiez qu’il y avait une bande de petits lutins malins cachés derrière tout ça, vous avez tout faux.
Du coup, je potasse car à la question qui croire, c’est quand même écrit noir sur blanc, "le plus souvent, nous faisons confiance à nos parents" (houps !).
Cela dit, faut pas non plus pousser ! Comment répondre à ce genre de trucs (à moins d’être une encyclopédie sur pattes) : qui a une langue aussi lourde qu’un jeune éléphant ? qui a inventé les boules neigeuses ?..
Grâce un bel index, on trouve facilement son bonheur en piochant parmi 12 thèmes comme l’art, les croyances, la nature, la technique, le corps…
Chaque question (71 en tout) est expliquée sur une page, ce qui est vraiment malin pour nos "petits" lecteurs (petits pour le nombre de livres lus !) et illustrée de façon très humoristique. Un livre bien sympa destiné aux 8/12 ans et plus… La preuve, je l’ai bien apprécié ! Evidemment, j’ai eu tendance à répondre un peu vite à ce genre de question : qui est au-dessus des lois ?
Et l'on apprend plein de choses sur ce qui nous touchent plus particulièrement comme qui a inventé la carte postale ? Qui a envoyé le premier mail ? Qui fait paraître des livres ? Qui écrit le dictionnaire ? (Bien utile pour les rencontres "mondaines" entre bloggeurs/euses !...)
Et si vous souhaitez savoir qui peut nous apporter le bonheur, ce livre est pour vous ! :)


