le_bal_des_vHoracio Castellanos Moya
Les Allusifs, 2007

"J’ai commencé à rédiger Le Bal des vipères avec l’idée d’écrire une nouvelle."
Pour la petite histoire, Horacio Castellanos Moya , après un rêve étrange, aurait écrit presque d’un jet cette étrange histoire susurrée par une voix venue d’ailleurs. Drôle d’expérience qui a fait naître un roman complètement hallucinant et halluciné qui met en scène un chômeur, un vagabond, une Chevrolet jaune et 4 vipères.

Tout commence par l’irruption d’une vieille Chevrolet jaune dans le quartier tranquille où vit Eduardo Sosa. D’emblée, les commentaires vont bon train, à commencer par la Nina Beatriz, l’épicière qui se trouve aux premières loges. D’où sort ce tacot ? Mais surtout qui est et que fait l’énigmatique loqueteux qui en sort le matin pour y revenir à la nuit tombante ? Eduardo Sosa,  diplômé es-sociologie, chômeur "sans réelles possibilités de trouver un travail correct par ces temps nouveaux" se trouve être "le voisin idéal pour épier cet  individu". Il fera plus que l’épier car le comportement de Don Jacinto, en plus de l’occuper, l’intrigue. Pourquoi a-t-il échoué ici ? Où part-il et pour quoi faire ? Que rapporte-t-il dans son sac de toile bourré à craquer mais surtout que cache-t-il dans son tas de ferraille dans lequel il entre rapidement et dont il cache les ouvertures avec des bouts de carton ?

Comment et pourquoi Eduardo va se retrouver à bord de la Chevrolet, je ne veux pas en dévoiler trop mais à partir de ce moment, on part dans une virée surréaliste et sanglante à travers les rues de la capitale (en Amérique Latine). Eduardo n’est pas seul car Loli, Beti, Valentina et Carmela , 4 superbes  vipères, vont l’accompagner dans cette balade macabre où elles vont semer terreur et chaos. La ville tremble, la ville crame alors que le quintet poursuit son vagabondage.

"Beti était la vipère potelée aux yeux bridés ; Loli allait être une vipère fine aux mouvements timides, presque délicats ; Valentina, avec sa peau chatoyante, exhalait la sensualité ; et Carmela, en sa menuité, avait quelque chose de mystérieux."

Entre fable fantastique et polar "psychédélico-ophidien" (cf. une scène dans laquelle les vipères sont survoltées après une bonne prise de cocaïne), Horacio Castellanos Moya dresse à travers son texte, un portrait de la société en pleine confusion (entre un gouvernement dépassé, une police ripoux et la violence urbaine en pleine croissance…). Oui, il y a bien tout cela dans ce récit hallucinant. C’est complètement farfelu mais on s’y accroche au volant de la Chevrolet ! Si vous souhaitez sortir des sentiers battus,  plongez dans cette balade ahurissante qui vaut vraiment le détour !  La petite voix qui a guidé l’auteur est aussi une petite coquine car il nous offre en prime une scène érotique (oui, vous avez bien lu) d’une réelle sensualité ! (si, si !).