la_route_sanglanteTom Sharpe
Folio, 2004

Direction le worforshire sud (ne cherchez pas, c’est un endroit fictif) où Sir Giles et Lady Maud pourraient couler des jours heureux et tranquilles dans leur château…
si Sir Giles avait honoré Maud depuis 6 ans que dure leur mariage,
si Lady Maud n’en gardait pas une rancœur grandissante car du coup, la descendance est loin d’être garantie (elle a entamé et largement dépassé la quarantaine),
si  Sir Giles n’avait pas quelques tendances sado maso,
si Lady Maud consentait à les satisfaire,
si tout bêtement Sir Giles ne voulait pas mettre un terme à cette parodie de mariage (mais il perdrait le domaine et ça c’est inconcevable),
s’il n’y avait pas cette idée farfelue de construire une autoroute qui entraînerait la démolition du château,
si, si, si…

Ça commence gentiment…
« Sir Giles Lynchwood, Député du Worfordshire Sud, était dans son bureau et s’allumait un cigare. Par la fenêtre, il pouvait voir les tulipes et les primevères, une grive picorer le gazon et le soleil briller dans un ciel sans nuages ; au loin, les escarpements de la gorge Cleene se dressaient au-dessus de la rivière. »

Mais cette douce quiétude ne va pas durer longtemps… 
Sharpe a le don d’engager ses personnages dans des voies pleines de méandres et de turpitudes, semées de personnages complètement déjantés ou qui le deviennent rapidement à coup de chantage, d’empoisonnement et autres réjouissances. On avance à coup de bulldozers et de dynamite, de coups bas, de coups de sang, de coups montés. Beaucoup manquent leur coup dans cette bataille rurale, d’autres ont des coups dans le nez carabinés et l’on a même droit à un joli coup de foudre.

Et quels personnages ! Outre Sir Giles et Lady Maud empêtrés dans leur tiraillement et leurs désillusions qui tournent au vinaigre, Sharpe nous offre des seconds rôles éblouissants tel ce jeune blanc-bec du ministère dont personne ne veut plus en haut lieu et qui va débouler dans cette campagne qu’il va très vite maudire ; une maîtresse écervelée qui oublie son amant ficelé au lit et un jardinier , le fameux Blott, dont le passé est des plus troubles, amoureux de ses fleurs et de sa belle Lady Maud qu’il va épauler vaille que vaille. Du vitriol pur que cette peinture politico-sentimentale rurale. On est hors temps, coincé dans le domaine Handyman . Il y aura bien une issue mais à quel prix !
En tout cas, Sharpe m’emballe toujours autant et c’est pliée en deux que j’ai savouré cet opus ! De  quoi oublier l’écran blanc et remettre la main à la souris !

Pour le bibliomane, c’est un remède radical contre la mélancolie et il a complètement raison !