Baratin

sur mes coups de coeur

29 septembre 2008

Nous vieillirons ensemble

Nous_vieillirons_ensembleCamille de Peretti
stock, 2008

Un dimanche aux bégonias, maison de retraite plutôt chic en région parisienne. On y est habitué aux appellations fleuries, je trouve pourtant celle-ci funeste, les bégonias ne faisant jamais long feu entre mes mains et pourrissant très vite. Cela m’a donné d’emblée un a priori négatif et sonnait plutôt "mouroir".
Quelle méprise ! On investit un établissement plutôt propret tenu rigoureusement par son directeur, philatéliste à ses heures.
Entre la séance bigoudis sous les mains expertes d’Elton, la messe télévisée et les papotages « people » de ces dames, on fait vite connaissance avec les résidents du lieu. Entre chamailleries, insultes à coup de "vieille guenon", la matinée va déjà bon train en ce dimanche. On va et vient d’une chambre à l’autre dans des odeurs de muguet, crème Nivéa ou de Pento. Les jupons sont ajustés, les napperons au point de crochet remis d’aplomb et les reflets violets dans les cheveux impeccables.
C’est parti pour un dimanche au rythme des pas peu assurés, des cannes, déambulateurs et fauteuils roulants. Une journée plus spéciale que les autres car c’est la journée phare de la semaine, celle des visites. Il y a les chanceux qui voient leur "petit monde" débarquer, bon gré, mal gré ; et ceux qui attendent en vérifiant que le combiné de leur téléphone est bien raccroché. Au cas où.
Plongée, contre-plongée. Zoom avant, zoom arrière : Camille de Peretti ausculte. On pénètre dans l’intimité de ces pensionnaires et l’on navigue entre tendresse, rancœur, regrets, envie, peur mais aussi une énorme dose de gaité et d’amour en dépit des ravages du temps ou de la mémoire qui fait faux bond.
Pas de surprise, on connaît de près ou de loin cet univers. La seule différence de taille est le talent de cette Camille pour nous le raconter. Excellent ! Mais vous êtes déjà nombreux à le savoir !

Les avis d’Anne,Caro[line], Cathulu, Fashion, Katell, Lily, Lou, Michel, Pascal, Papillon ...

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27 septembre 2008

Chambre 12

Chambre_12pascal Garnier
Flammarion, 2000

Paris, entre la rue de la Glacière et la rue Pascal. C’est là qu’évolue Charles, 55 ans, veilleur de nuit à l’hôtel Grand Vals. Alors, évidemment, il vit à l’envers, se réveille à 15 heures et croise ceux qui ne pensent qu’à rentrer dans leurs pénates. Cela lui convient. Ses apéros quotidiens au Balto avec ses potes lui suffisent. La nuit lui appartient. Il veille, contrôle les allers et venues des clients et assure l’image de marque du petit établissement dont le seul luxe est la propreté. Mme Tellier, la proprio y tient. "Pas d’étoile, peut-être, mais pas de cafards non plus ! Des odeurs de Javel et de détergent y régnaient constamment. Parfois, ça piquait un peu la gorge".

Son emploi du temps est réglé et bien rodé. La mécanique fonctionne avec une économie d’échanges (bonjour, bonsoir), une économie d’action, une économie de sentiments malgré les avances d’Arlette, la femme de chambre . La vie s’écoule. Il ne se pose pas de questions. L’évasion, il la trouve dans les livres.
"A présent, il choisissait ses vestes en fonction de la capacité de leurs poches à contenir un livre. Il en avait toujours un sur lui, aussi, il n’était jamais seul".

Entre son comptoir et la cuisine pour le café, il s’apprête à une nuit de plus à son poste. Mais cette nuit arrive Uta Shaeffer, chambre 12. "Elle était grande, portait des cheveux blonds cendrés, presque argent, coupés au carré comme un casque, et des lunettes noires. Sa voix, teintée d’un léger accent germanique, semblait venir de très loin, grave, plus grave que celle de beaucoup d’hommes".

Ebranlé, hanté, métamorphosé, Charles s’apprête à entreprendre un nouveau voyage aux côtés de cette belle mystérieuse, lui que rien ne semblait ébranler.
Garnier nous entraîne dans le chapitre de la fascination qui va faire basculer le destin d’un type tranquille vers…
Mon destin n’a pas basculé mais fascinée je suis par ce court roman. Garnier fascine, simplement.
Il décrit en douceur, méticuleusement.On plonge et on le suit avec délice.

Je ne résiste pas. Voici, en bonus, quelques descriptions savoureuses :

"Mme Tellier était une petite femme boulotte, crémeuse comme un Paris-Brest. Le coiffeur avait fait des merveilles, ses cheveux moussaient chantilly sur sa tête. Une sorte d’aura poudreuse l’enveloppait, qui vous mettait  au bord de l’éternuement lorsqu’on s’en approchait trop près. Elle avait dû avoir un mal fou à enfiler ses bagues, qui transformaient ses doigts en saucisses cocktail. Le collier de perles disparaissait dans les draperies de son double menton. C’était touchant, cet énervement de première communiante qui faisait trembler la graisse de ses bras".

"Le monsieur de la 7 arriva vers vingt et une heures trente, bien éméché. C’était un gros type d’une trentaine d’années, rose et chauve comme une savonnette parfumée au calva".

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21 septembre 2008

Le visiteur nocturne

le_visiteurBernice Rubens
Rivages poche, bibliothèque étrangère, 2001

"Alistair Crown sortit du cimetière en emportant des fleurs. Une façon d’agir caractéristique. Il se rendait à pied à l’hôpital lorsqu’il était passé devant le portail. Pourquoi pas ? avait-il pensé. Un petit détour parmi les tombes ne serait pas inutile. Après tout, cela n’arrivait pas tous les jours que sa femme mette au monde leur premier enfant. Les fleurs étaient de circonstance. Alistair avait l’art du geste opportun, mais jamais sans en être conscient. Son "geste opportun" était prémédité, exécuté et il s’en délectait après coup, content de lui".

Un début prometteur qui augurait une lecture légère et so british comme je les aime.
Alistair est psy, heureux en ménage et excité à l’idée d’accueillir son premier enfant, son premier fils.  Premier bémol : c’est une fille qui pointe son nez. Deuxième bémol : elle est trisomique.
J’ai rapidement oublié mes attentes pour me retrouver plongée dans une histoire familiale plombée par le refus. Refus de cette enfant par le père. Refus de donner l’amour qu’elle attend et demande. Refus de regarder ce visage. Il va verrouiller les portes au sens propre comme au figuré, nier son enfant au grand jour pour la découvrir lors de ses visites nocturnes.  Les années vont passer et sa "douleur aggravée d’un sentiment de culpabilité" ira grandissante.
Ses griffonnages, sa thérapie, l’aideront –ils dans sa quête ?
Difficile de rester impassible mais l’auteure est habile et l’on oscille entre le dégoût et un semblant de sympathie pour ce type. La construction du roman est efficace et au moment où l’on relâche la garde, on se prend une grande claque sans l’avoir vue venir. On navigue au cœur de cette histoire en côtoyant le drame, le burlesque avec des personnages hauts en couleurs (notamment Esaü, un personnage pourvu d'une toison ahurissante), un suspense démoniaque qui nous embarque pour finir dans une enquête policière. L'étau se referme.

Un sujet peu porteur, je vous l’accorde mais le tout est d’une grande efficacité. Une auteure que je ne connaissais pas. A découvrir !

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07 septembre 2008

Je ne veux pas travailler...

Allez, je rembobine pour revenir sur ma petite escapade estivale et ô combien ensoleillée ! Pas de séance photos de mer azur se confondant avec le ciel, c’est pourtant ce qui m’attendait sur la côte ouest en ce mois d’août ! Si, si !
Mais pour ensoleiller plus encore cette retraite, m’attendait (de pieds fermes) une super nana !
Comment peut-on se déplacer aujourd’hui sans rencontrer une blogueuse ?
Le choix du lieu est –il un hasard ? ça, c’est une autre histoire… 

murAlors direction La Rochelle ! Ceux qui connaissent l’endroit savent qu’il regorge de richesses et d’activités, la semaine fut donc très chargée entre visites, balades à pieds, en vélo, baignade, sans oublier les merveilleuses glaces d’Ernest et ses parfums inattendus (melon/menthe, violette, corne de gazelle ou carotte/gingembre…) …

on est passé à la vitesse supérieure quand Mous a pointé le bout de son nez pour nous embarquer dans des virées aux senteurs iodées à l’île d’Aix et Oléron entre autres !
Car Mous n’était pas à cours d’idées pour nous faire découvrir ses contrées. Certes, elle pestait  un peu car il y avait encore beaucoup de touristes mais heureusement beaucoup moins à cette période…

Vous vous en doutez, beaucoup de bla-bla (les blogs, les livres et tout le reste), des allers et venues dans les ruelles entre librairies et … librairies. D’ailleurs, Mous n’est pas sage du tout une fois lâchée dedans ! librairieMais, de toute façon, on va dire que c’est de votre faute ! De mon côté, la perspective de mon retour en train m’a grandement freinée ! Seul achat : un polar d’un auteur du coin.

Après de tels efforts, rien de tel que lézarder sur la plage en piochant tranquillement dans notre panier plein de victuailles. La blogueuse ne se nourrit pas seulement de livres (mon maillot de bain me l’a rappelé d’ailleurs) et l’on s’est gavé entre autres des tartes (délicieuses !) sucrées et salées qui ont values à Mous son titre de "reine des tartes" !

Entre deux bains de soleil, barbotage (pas trop d’efforts tout de même, d’autant que nous étions m_dusecernées par des méduses !), babillage (toujours), "crèmage" (le soleil brule !), "ensablage" d’Axel (les joies de la plage !)ax_sable et encore grignotage, etc…
Bref, des heures super chouettes avec une super nana avec qui le courant est passé plus que bien ! …
même si… Mous est fâchée avec l’heure…
même si elle m’a fait vivre une trentaine de minutes à vive allure sur des petites routes tout ça pour du pain complet ! Alors, d’une façon détachée, je me suis renseignée ! "c’est limité à combien sur ce genre de route ?"  "90, mais bon…"…
même si elle a la manie de promener des melons sur la plage (je vous rassure, gorgés de soleil, on les a dévorés le soir !),
même si elle n’a pas trop le sens de l’orientation : "je crois qu’on a dépassé l’endroit"…,
même si pour elle, passer par les dunes, c’est beaucoup plus simple que par la plage…

ombres

Et puis, j’ai fait la connaissance de ses petits compagnons à 4 pattes et de son sweet home, un rêve !

Vous en voulez plus ? Un compte-rendu bientôt chez Mous ! En attendant, savourez son post breton qui est ravissant !

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05 septembre 2008

La maison ne fait plus de crédit

la_maison_ne_fait_plusJean-Yves Cendrey
L’Olivier, 2008

Je découvre Jean-Yves Cendrey avec "la maison ne fait plus de crédit", dernier opus de son cycle autobiographique dans lequel il règle largement et définitivement ses comptes avec son "héritage familial". Troisième volume du genre, cela en dit long sur ledit héritage !
Autobiographique certes, mais le narrateur est un pauvre  bougre, engoncé dans sa médiocre existence de commercial, entre une femme à l’agonie (qui va durer plus de trente ans),  son élevage de pigeons et son amour pour les Renault.

"Nous sommes fin soixante-treize et ça ne va pas trop mal pour moi. Je roule en R16, c’est dire. Je suis un commercial content. Je suis grand. Je me dégarnis devant mais je porte beau. J’ai des favoris soigneusement taillés. J’affectionne les chemises bleu pâle, les cravates marron, les vestes beiges, les pantalons gris, les mocassins noirs. Je jouis du respect de mes subordonnés. Ils apprécient mon autorité. Dans la boîte, mes coups de sang sont légendaires. Je suis à tu et à toi avec le patron, une pâte, un incapable. Il sait me devoir notre prospérité. Il ne s’autorise aucune décision sans me consulter".

Par derrière, il est loin du compte et se prend dans les gencives des "grand con à favoris"… et l’auteur jubile à le dépeindre ce pauvre type ! Cet adorateur de Pompidou et plus tard d’un président pas très grand bourré de tics… Il y va à grand coup de truelle et l’on avance entre médiocrité et bassesse qui vont crescendo.

Il est "parfait" ce petit commercial et pousse le zèle professionnel en se fendant "d’une visite après livraison". C’est comme cela qu’il va faire connaissance avec "la manman", celle qui va illuminer sa vie du haut de sa simplicité…
"Je dis Madame
Elle répond Oui, c’est pourquoi ?
C’est par ces mots bouleversants de simplicité que notre amour est né"

... celle aussi qui est la mère d’un "fils salaud" (l’auteur himself) et d’un fils gentil. Ces deux là  vont en perdre des plumes  (et/ou la raison) dans leur histoire familiale, coincés entre un père militaire, alcoolique et violent et une "manman" adultère, d’une telle simplicité qu’on ne pense pas une seconde qu’elle puisse être calculatrice et  semer chaos et traumatismes autour d’elle.

Entre une idylle roucoulante, les coups qui tombent et la folie qui s’installe, le "fils salaud" prépare sa vengeance et la plume sera son arme…

Médusée, c’est bien le mot qui convient au sortir de cette lecture ! On entre au cœur un volcan qui bouillonne gentiment  et qui va vite se mettre en action : ça fuse tous azimuts, c’est acide, caustique, dérangeant. Il y a de la rage, beaucoup ; de la médiocrité, énormément ; de la rancœur, à la folie ; des blessures, des humiliations et un règlement de compte en bonne et due forme, point final.

Médusée, mais j’ai aimé !

Yves a aussi aimé,  "toutefois, il vaut mieux avoir bon moral avant de les entamer, car l'ambiance n'y est pas franchement à la rigolade !"

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03 septembre 2008

Je fais de la résistance !!!

... Même si ce matin, les portes du collège se sont ouvertes pour la pré-rentrée en 6ème de mon "bb" !...
Même si le temps grisouille et frisquet s'incruste un peu vite,
Même si le jardin propose une cueillette automnale,aout08_2
Même si demain, ce sera mon tour...

aout08Je garde mon coin de ciel bleu bien caché quelque part et profite des mots ensoleillés envoyés de jolis coins de vacances (merci les filles !) et des douceurs sucrées pour les papilles.

Et pour faire durer le plaisir, un petit post plus tard sur mon escapade et ma super rencontre avec une chouette nana !

Je prends mon temps, mais je l'ai déjà dit :)

Posté par valdebaz à 10:45 - Baratin' moi - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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