Baratin

sur mes coups de coeur

29 octobre 2008

Parenthèse

parenth_sePascal Garnier
Plon, 2004

Elles étaient trois, liées par leur jeunesse. Arlette, Ginette et Lucienne. La guerre, l’occupation : elles ont chacune réagi à leur façon entre fricotage et résistance mais à la libération, le même sort les attendait. Tondues.

Elles vont se retrouver 50 ans plus tard, le temps d’une parenthèse durant laquelle le passé enfoui au fond d’elles-mêmes va rejaillir. Des flash-back furtifs que Garnier distille par petites touches. Il livre l’essentiel tel quel sans s’appesantir, sans pathos. Il va zoomer en détail sur cette parenthèse de quelques jours, ausculter les gestes, les attitudes, les agacements mais surtout les meurtrissures de ces trois femmes.
Le hasard les a réunit une fois encore, malgré elles. Elles ont muré ce passé depuis leur séparation, "constipées de la mémoire".
Le voile va se soulever par à-coups, par bouts de vérité avouée ou devinée. Elles tournent autour de ce passé.

"Le silence s’égouttait sur elles comme la pluie qui perle au feuillage des arbres après l’orage. Elles n’avaient  su que se résumer, mais c’eut été si difficile de décrire ce non-lieu qu’avait été leurs vies respectives après. Elles se retrouvaient toutes trois aussi vierges de mémoire que ce jour où elles avaient échappé à la populace, réfugiées dans le bois au bord de l’étang du Renard, épuisées, méconnaissables, rescapées d’une sorte de catastrophe naturelle, survivantes toutefois."

Un récit ponctué de coïncidences. L’étang du Renard en est l’ultime puisqu’il est le lieu choisi par le fils d’Arlette pour se construire un avenir heureux.

Un auteur "pépite" que ce Garnier. "Parenthèse" fait partie de ces récits touchants sans sensiblerie déplacée ou débordante. A découvrir, VRAIMENT, si ce n’est déjà fait !

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27 octobre 2008

Réchauffer l'atmosphère

Une jolie frimousse,
Un reggae-soul envoutant,
Nneka, à découvrir...

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Le fiancé de la lune

FiancéEric Genetet
Editions Héloïse d’Ormesson, 2008

J’étais d’accord pour jouer le jeu quand  Suzanne (que je remercie !) de "chez les filles" m’a proposé "le fiancé de la lune". Je vous avoue que je suis bien perplexe et très embêtée pour vous en parler d’autant que vous devez vous dire "encore !"
Tout d’abord, une petite présentation de l’éditeur :

"Toujours entre deux hôtels, entre deux filles, entre deux missions, à quarante ans Arno Reyes est libre, sans attaches. Il voyage et vit léger, de Manhattan au Caire. Et n’aime rien tant que cette solitude et cette indépendance. Mais si l’existence d’Arno est vide, c’est peut-être de n’avoir pas encore rencontré Giannina. Malgré la désinvolture, en dépit de tout ce qu’il a pu apprendre, Arno attend l’héroïne romantique qui ferait de sa vie un cinéma. Et Giannina, avec son petit air d’Anna Karina chanteuse de jazz à la gloire montante, semble bien l’inaccessible étoile qui lui donnera le premier rôle…"

Un premier roman ? Allons-y !
Une belle histoire d’amour ! Pourquoi pas ?

"Quand l’amour s’emballe" est annoncé sur la couv’ : la formule m’apparaît bien inadaptée après avoir refermé le livre. De l’emballement ? Pour ma part, je ne l’ai pas du tout ressenti.

Arno fait partie de ces mecs solitaires "j’aimais dîner seul, vivre seul, être seul. La vie m’offrait la sensation d’un abandon contrôlé, d’une dérobade endiablée".  Il survole les continents avec à la clé des contrats mirobolants qui le font vivre dans une bulle dorée. La nuit l’entraîne dans des lieux inconnus du simple quidam. J’ai déjà eu du mal à me  raccrocher à cette ambiance surfaite et lisse et j’ai vite compris que l’histoire allait m’échapper.  Spectatrice distante d’une histoire d’amour que je n’ai pas vue décoller, à moins que j’aie été aveuglée par toutes ces références littéraires et musicales qui alourdissent à mon sens ce court roman ?
"mon regard et le reste étaient absorbés par Gianinna. Une attraction, un grand huit. Visage pâle, perruque rose, comme Scarlett Johanson dans Lost in Translation. Elle avait un petit air de famille avec Anna Karina dans Pierrot le fou."
"Quand vous faites cette moue, vous ressemblez au clown Calvero dans Les feux de la rampe de Chaplin. On vous l’a déjà dit ?"
"Je suis allongée par terre avec mon chien, on écoute Brel : la chanson des vieux amants, ma préférée."

Même la seconde partie où Arno semble plus tourné vers la réalité ne m’a pas rendu le personnage attachant.  Suis complètement passée à côté de cette "histoire d’amour sur fond de jazz, évidente et déchirante comme un standard".

Elles l'ont lu aussi : Cathulu, Lo, Aelys ...elles vous renvoient vers d'autres critiques.
Bluegrey n'est pas du tout emballée !.. Maijo est moyennement convaincue... Soie vient de mettre sa critique en ligne, spectatrice distante aussi...

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25 octobre 2008

Les eaux troubles de la Dordogne

les_eaux_troublesLouis-Olivier Vitté
l’Ecir, 2006

Apparemment, Louis-Olivier Vitté (LOV) est plus connu pour ses fictions locales. Cet amoureux du Limousin s’est a priori fait plaisir avec ce petit polar made in Dordogne. "Un polar pas sérieux du tout" comme l’indique le 4ème de couv' et c’est tout à fait ça. Il a pour l’occasion enfilé ses gros sabots !

Joseph, tout pimpant, file au village pour annoncer ses amours à maman qui tient l’auberge. C’est sur deux cadavres qu’il tombera : maman et son amant. Complètement paniqué, il touche l’arme que tient sa mère, ce nigaud et se fait la malle.
Sous la houlette de l’inspecteur de Lapissedru, l’enquête va démarrer sous des auspices pétaradants. LOV n’a pas fait dans la dentelle et enchaîne chutes en tous genres, gaffes, entourloupes… avec pour principale cible, le trio de flics pas vraiment opérationnel. Un petit mélange de De Funès/Pierre Richard dans une ambiance de village gaullois résistant. La potion magique est ici un tord boyaux de derrière les fagots, un chef de village en la personne du maire/menuisier, un forgeron (qui forge forcément), un épicier qui vend des anchois puants…Pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? On côtoie donc Norbert Aytat , l’inspecteur ; Narcisse Ecatredisse, le flic de base ou encore Stanislas Detout…
Il en fait des caisses ! ça peut énerver, je le conçois mais finalement, si l’on accepte cette mise en scène délirante, on passe un bon moment avec tous ces bougres car LOV les croque finalement avec tendresse. L’enquête quant à elle est reléguée au 10ème plan et est un peu tirée par les tifs, je trouve

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22 octobre 2008

Un peu plus loin sur la droite

un_peu_plus_loinFred Vargas
Viviane Hamy, 1996
Paru en poche !

L’enquête commence avec un bout d’os humain provenant d’une crotte de chien  échue sur la grille d’un arbre, près du banc 102, celui de la Contrescarpe : pas glam-glam tout ça… C’est sans compter le perfectionnisme de Louis ou Ludwig, c’est selon. Rangé de son activité au sein de l’Intérieur, il s’active et enquête  en solo. L’indice est maigre mais le chien, il va falloir le retrouver. Les différentes filatures vont expédier Louis en Bretagne où vit le toutou. C’est là aussi qu’une petite vieille s’est cassée la margoulette sur une "grève caillouteuse". Il va bien falloir vérifier s'il manque quelque chose à la dame.
On arrive à Port-Nicolas, petit patelin du Finistère avec tous les ingrédients traditionnels à commencer par le troquet, centre névralgique où tout transite. C’est d’ailleurs en partie, le bureau du maire. Pas trop franc du collier, il préfèrerait que l’affaire ne fasse pas trop de remous. Il entend plus que tout garder son fauteuil mais la concurrence est là en la présence d’un type au passé peu reluisant. Les notables achèvent le tableau idyllique ce de petit patelin avec Darnas et son centre de thalasso et Sevran, l’ingénieur, collectionneur de machines à écrire et inventeur d’une machine extraordinaire, sorte d’oracle qui a réponse à tout. Le petit plus de Sevran, c’est qu’il est le maître du toutou qui s’est oublié à Paris alors Louis s’intéresse de près au bonhomme, à sa femme aussi (ou plutôt son passé).
A ces personnages vont s’ajouter Marc, le médiéviste, étudiant qui cumule les petits boulots. Embauché par Louis comme archiviste/documentaliste pour dépouiller les faits divers, il va "prêter ses jambes" à Louis qui a quelques faiblesses de ce côté. Va s’y ajouter Matthias, un autre luron qu’on pourrait croire sorti d’une tanière au fin fond d’un bois.
Vargas nous sert là un mille feuilles savoureux et intercale enquête, réflexion/action, intermèdes drolatiques (Louis et son crapaud : succulent !), suspens et aussi une couche du passé qui ressurgit.

En conclusion, ne négligez aucun détail si vous voulez réussir le crime parfait ou laissez votre chien à la maison !

Laurence a aussi aimé cette virée en Bretagne !

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11 octobre 2008

Massacre en Ardennes

massacreFranz Bartelt & Alain Bertrand
Espace nord / noir de noir, 2006

il n’a pas trop la frite Max depuis quelques temps. Tout mou. Besoin d’air : c’est dans les Ardennes qu’il va se ressourcer. Après tout, rien ne le retient à Paris.
Il déboule dans le coin  alors que vient d’être assassiné un député écolo. Le climat n’est pas engageant, le climat politique encore moins et il va vite se retrouver emberlificoté dans une enquête où les intérêts politiques de certaines huiles inciteraient à franchir certaines limites et envoyer les plus encombrants 6 pieds sous terre.
Se présentant comme journaliste, il va naviguer autour de personnages gratinés et aura plutôt tendance à s’embourber le temps d’une enquête où bartelt s’amuse une fois de plus à dépeindre des personnalités brutes de décoffrage  comme ces deux vieux voisins :  le vieux Léonard, un pur et dur qui raye tout ce qui touche à l’ordre, la répression, les flics, les militaires avec en tête de liste Leboeuf, le "pourri, vendu, salaud, manche à couilles", le collabo-facho qui fricote avec les flics. Autant dire que les rencontres sont chaudes et durent depuis des décennies.
De quoi réchauffer ce coin des Ardennes (côté belge et côté français) qui attirent surtout les politiciens lesquels voudraient bien caser là un centre de stockage pour déchets toxiques.
Max va vite oublier sa petite baisse de tension pour  sauver sa peau entre de vieilles affaires ravivées, des manifestants prêts à en découdre et des macchabées ici et là. Tout s’emballe. C’en est fini de la quiétude sur le plateau de Bergnies. 

Pas forcément le meilleur mais cet opus reste un bon petit polar à la sauce ardennaise avec frites à volonté et bière qui coule à flots. Bon ap’ !

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05 octobre 2008

Trop près du bord

trop_pr_sPascal Garnier
Fleuve noir, 1999
(je le classe en polar mais je ne suis pas convaincue...)

Eliette coule des jours tranquilles en Ardèche. Entre les programmes de France Musique, la lecture de la bio de Colette, les visites à ses voisins, elle commence à profiter.
Après la mort de Charles, son mari, ses enfants n’étaient pas vraiment chauds de la laisser partir dans cette cambrousse, mais cette maison devait être celle de leur retraite. Elle y sera seule, elle l’a décidé. Elle a appris la solitude et sent maintenant un vent d’autonomie grandir. Elle va s’acheter  une Aixam, ça aussi, c’est décidé.
"Elle en avait croisé quelques fois sur les routes sinueuses de la région, et chaque fois elle avait envié ces couples de septuagénaires se traînant à une vitesse d’escargot, impassibles et insensibles aux coups de Klaxon et appels de phares des automobilistes acariâtres qui les auraient volontiers balancés dans le fossé pour reprendre possession de la route".
Voilà, le décor est planté. On le voit, on le sent, on s’y sent bien dans ce coin qui fleure bon la quiétude mais le "BLUB BLUB" rassurant de la jardinière qui mijote sur le coin de la cuisinière ne va pas durer.
Tout juste 34 pages car, dès sa rencontre avec Etienne, tout va chavirer, s’emmêler, se précipiter.
Pas un mot de l’histoire, elle se découvre. Mais sachez qu’une fois de plus, Garnier nous embarque dans les méandres tortueux de l’esprit et montre que l’équilibre (peut-on l’atteindre ?) est d’une extrême fragilité.
Regrets, désillusion, secrets bien gardés, envies, désirs refoulés. On glisse dans le drame, dans la folie meurtrière (pour les uns), dans l’espoir, la quête de l’amour (pour les autres). Ah !
Quand l’étincelle rejaillit !

Happée dès le début, je me suis laissée embarquer dans la spirale. Outre cette habilité à décrire ces « vies simples » qui dérapent, ce Garnier est fortiche (aussi !) pour le suspens ! A trop vouloir être près du bord…

Yv nous tente de son côté avec les hauts du bas

Posté par valdebaz à 20:32 - Côté polars - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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