14 juin 2008
Le bal des vipères
Horacio Castellanos Moya
Les Allusifs, 2007
"J’ai commencé à rédiger Le Bal des vipères avec l’idée d’écrire une nouvelle."
Pour la petite histoire, Horacio Castellanos Moya , après un rêve étrange, aurait écrit presque d’un jet cette étrange histoire susurrée par une voix venue d’ailleurs. Drôle d’expérience qui a fait naître un roman complètement hallucinant et halluciné qui met en scène un chômeur, un vagabond, une Chevrolet jaune et 4 vipères.
Tout commence par l’irruption d’une vieille Chevrolet jaune dans le quartier tranquille où vit Eduardo Sosa. D’emblée, les commentaires vont bon train, à commencer par la Nina Beatriz, l’épicière qui se trouve aux premières loges. D’où sort ce tacot ? Mais surtout qui est et que fait l’énigmatique loqueteux qui en sort le matin pour y revenir à la nuit tombante ? Eduardo Sosa, diplômé es-sociologie, chômeur "sans réelles possibilités de trouver un travail correct par ces temps nouveaux" se trouve être "le voisin idéal pour épier cet individu". Il fera plus que l’épier car le comportement de Don Jacinto, en plus de l’occuper, l’intrigue. Pourquoi a-t-il échoué ici ? Où part-il et pour quoi faire ? Que rapporte-t-il dans son sac de toile bourré à craquer mais surtout que cache-t-il dans son tas de ferraille dans lequel il entre rapidement et dont il cache les ouvertures avec des bouts de carton ?
Comment et pourquoi Eduardo va se retrouver à bord de la Chevrolet, je ne veux pas en dévoiler trop mais à partir de ce moment, on part dans une virée surréaliste et sanglante à travers les rues de la capitale (en Amérique Latine). Eduardo n’est pas seul car Loli, Beti, Valentina et Carmela , 4 superbes vipères, vont l’accompagner dans cette balade macabre où elles vont semer terreur et chaos. La ville tremble, la ville crame alors que le quintet poursuit son vagabondage.
"Beti était la vipère potelée aux yeux bridés ; Loli allait être une vipère fine aux mouvements timides, presque délicats ; Valentina, avec sa peau chatoyante, exhalait la sensualité ; et Carmela, en sa menuité, avait quelque chose de mystérieux."
Entre fable fantastique et polar "psychédélico-ophidien" (cf. une scène dans laquelle les vipères sont survoltées après une bonne prise de cocaïne), Horacio Castellanos Moya dresse à travers son texte, un portrait de la société en pleine confusion (entre un gouvernement dépassé, une police ripoux et la violence urbaine en pleine croissance…). Oui, il y a bien tout cela dans ce récit hallucinant. C’est complètement farfelu mais on s’y accroche au volant de la Chevrolet ! Si vous souhaitez sortir des sentiers battus, plongez dans cette balade ahurissante qui vaut vraiment le détour ! La petite voix qui a guidé l’auteur est aussi une petite coquine car il nous offre en prime une scène érotique (oui, vous avez bien lu) d’une réelle sensualité ! (si, si !).
10 juin 2008
Rendez-vous page 123...
Quand je vois le mot TAG dans un post, je me dis, ça y est, c'est pour moi.
Et bien voilà, c'est chose faite. 
Sarah ne m'a pas oubliée ! Bon, c'est super fastoche et rapide alors je me lance :
Il s'agit de saisir le livre le plus proche, de l'ouvrir à la page 123, de trouver la 5ème phrase et de recopier les 4 phrases suivantes... Puis de tagguer 5 personnes.
Le livre le plus proche est celui que je viens de terminer et qui attend patiemment sa critique. Un petit livre complètement délirant et étonnant d'Horacio Castellanos Moya, "le bal des vipères".
"Parlez pas, me demandez rien, m'interrompez pas, si vous le faites je raccroche immédiatement. Je vous dirai ce que je dois vous dire, rien de plus. Tout ce qu'on a écrit et dit sur moi n'arrive pas à saisir l'essence, la vérité profonde de ce qui est en train de se passer...
Le type fait une pause, aspire. Il est en train de fumer pense Rita."
Je vous laisse avec cet extrait dans lequel le héros, en pleine cavale, contacte la presse locale. Pour savoir le pourquoi du comment, un peu de patience !
Un indice ? Il s'agit d'une balade ophidienne, plutôt sanglante... miam !
Qui se lance à l'assaut de la page 123 ? Cathulu ? Belle ? Delphine ? Finette ? Yueyin ?
09 juin 2008
La fabrication d'un mensonge
Audrey Diwan
j’ai lu "nouvelle génération", 2007
A 25 ans et sur injonction familiale, Raphaëlle va devoir travailler pendant l’été. Au détour d’une rue elle tombe sur le sésame : elle sera vendeuse chez "mariage 2000" car le magasin recherche du personnel et c’est urgent. Elle va donc vendre des robes de mariées en apprenant sur le tas. De toute façon, ça ou vendre des pizzas… ses compétences sont archi limitées, sa vie se résumant à ses études universitaires qui défilent et n’en finissent pas. "Philosophie, ethnologie, histoire de l’art, je collectionnais les spécialisations qui ne menaient pas à la vie active et avais décidé de m’accorder une dernière tentative, en théologie cette fois, priant pour me trouver une vocation".
Difficile donc pour Raphaëlle d’arrêter un choix pour enfin entrer dans une vie plus responsable. Elle navigue entre son studio quelques étages au dessus de chez papa/maman et une bonne copine avec qui elle discute au téléphone 2 fois par semaine et qui est tout étonnée quand Raphaëlle lui propose de la rencontrer. "Elle a eu l’air un peu surprise, inquiète, quand je lui ai proposé qu’on se retrouve dans un bar du quartier pour discuter. Mais elle a accepté, à condition qu’on ne s’éternise pas, elle devait se rendre tôt à la bibliothèque le lendemain matin."…
Pas de quoi s’affoler avec tout ça…
Alors, quand elle rencontre Lola, vendeuse chez "mariage 2000", c’est un peu comme une révélation, entre admiration et quasi vénération. Elle va finir par orienter sa vie autour de cette "furie", une vraie "fabrique à mensonges" sur hauts talons, aussi peu scrupuleuse qu’un arracheur de dents.
Raphaëlle et Lola, 2 plaques tectoniques qui vont entrer en contact et donner ce petit (et premier) roman très dynamique, actuel, drôle et émouvant. La rencontre de deux personnalités aux antipodes, cela fonctionne tant que l’émerveillement dure. Raphaëlle en fera évidemment les frais tôt ou tard !...
Contrairement à ce que pourrait évoquer la couverture, le mariage n’est pas au cœur même du roman. Le magasin, toile de fond du roman, donne l’occasion ici de l’égratigner à grand coup de bulldozer, c’est dire ! "Je les trouvais marrants ces gens qui se ruaient tous ensemble vers une volonté d’éternité. Ils se tenaient par la main, deux par deux, bien en rangs, dociles, marchant d’un pas faussement serein vers une promesse intenable. Il fallait que l’homme soit bien pervers pour s’être inventé une punition pareille, pour s’être créé des schémas qui lui convenaient si mal… le mariage, c’était une toute petite cage, dans laquelle les gens manquaient vite d’air."
Raphaëlle, véritable "Tanguette", s’est égratignée en sortant de sa cage. Prévisible quand les oisillons ont du mal à prendre leur envol.
Un grand merci à Cathulu pour le prêt !
07 juin 2008
Le serrurier volant
Tonino Benacquista / Tardi
Estuaire/les carnets littéraires, 2006
Avec le serrurier volant, je découvre les "carnets littéraires", une petite création bien sous tous rapports ! Quand Benacquista rencontre Tardi, le résultat est une réussite et l’on tient entre les mains un petit opus extra !
C’est l’histoire d’un mec cassé : voilà ce que raconte Benacquista. Au départ, rien de bien transcendant et vue de l’extérieur, la vie de Marc est plutôt planplan. Il loue un pavillon à Vitry-sur-Seine "loin du tumulte parisien".
"Marc s’était toujours contenté de ce qu’il avait et n’aspirait à rien de mieux que ce qu’il était déjà : un homme ordinaire. Très tôt, il s’était avoué son goût pour la tranquillité et avait laissé aux autres leurs rêves de démesure."
Sa vie se déroule donc tranquillement entre son job de convoyeur de fonds et la visite de Magali, amie d’enfance et amante chaque quinzaine.
Et puis, lors d’un convoyage routinier… le carrefour se profile… crissements de pneus… attaque du fourgon. Marc sera le seul rescapé. S’en suivra une longue et douloureuse convalescence pendant laquelle il va vivre au rythme des injections de Tranxène et de morphine. C’est avec un corps cassé, recousu, endolori et une vision de l’avenir plutôt noire qu’il va devoir continuer. Au hasard d’une rencontre, il trouve la solution et deviendra serrurier. Il sera son propre patron. Il va se jeter à corps perdu dans son nouveau job. "Son seul carburant, jour après jour, nuit après nuit, c’était son travail ".
Benacquista et Tardi ont, je trouve, parfaitement rendu cette descente aux enfers d’un type lambda qui se retrouve anéanti et doit repartir à zéro. L’utilisation du sépia donne toute son intensité au récit et le tout est une petite merveille. On se balade, au gré des interventions de Marc dans un Paris éclectique avec, derrière chaque porte son lot de drame, d’angoisse, d’insouciance. On le suit dans son combat, sa volonté de se débarrasser de cette enveloppe poisseuse qui lui colle à la peau depuis le braquage.
Un seul mot : tentez ! L’idée de ce duo d’artistes est un vrai régal et celui-ci est un petit bijou !