14 février 2009
Le costume
Micheline Bénaise est veuve. Sans crier gare, un mal foudroyant a emporté son José. Depuis, elle se démène, se déchaîne dans son pavillon à traquer le moindre grain de poussière, lave, repasse 1, 2, 3 fois le linge, jour et nuit, mais surtout, elle a fait place nette. Rien n’a survécu au mort. Tout est parti en fumée jusqu’au dernier slip – ou presque. Un ticket du teinturier va quelque peu changer le cours de sa vie. En récupérant le merveilleux costume en "touide" so british de José, son veuvage va être mis à rude épreuve.
En le laissant au Secours catholique, la bénévole lui a bien assuré "qu’elle ne lâcherait ce vêtement hors norme qu’à un pauvre de qualité. En tout état de cause, elle n’avait pas failli à sa parole".
Micheline va alors se mettre en chasse, à l’affut de ce costume qui sillonne la ville de façon étrange. Celui qui l’a endossé le porte à merveille, presque mieux que José. De quoi déboussoler la pauvre veuve, déjà en proie à de grandes perturbations.
Elle finira par mettre la main sur Augustin Benoît Cheurte (ABC), statisticien au chômage dont la passion du classement va encore plus tournebouler Micheline. Il se révèle être un "réorganisateur des mondes" hors pair avec une logique alphabétique implacable.
Bartelt dépeint dans le costume des personnages enfermés dans leur obsession. Un amour disparu qui reprend forme, un monde qu’on ne peut appréhender que par ordre alphabétique, jusqu’à cette bonne Mme Bonflette, truculente dans son obsession de la saucisse… En bonne voisine, elle n’aura de cesse de faire revivre la femme qui sommeille en Micheline.
"Vous êtes une femme ou quoi ? Et plus jeune que moi ! D’au moins dix ans, pas vrai ? Ce qu’il nous faut, à nous qui sommes des natures, c’est la saucisse ! C’est la saucisse Mme Bénaise ! Je me comprends, hein ? Et si je me comprends, vous me comprenez."
Micheline aura alors fort à faire avec Charles, retraité de l’électricité, veuf également et "aiguillé" vers elle par cette chère Mme Bonflette.
Les corps sont en émoi, en ébullition ou carrément électrifiés. "Le court circuit ! hurla-t-il. Je suis électrocuté. J’ai des watts, j’ai des watts !... Vous en aviez besoin pas vrai ? claironna-t-il en se détendant "
D’une relative quiétude, la situation va vite virer au chaos jusqu’au drame et l’on savoure au passage des dialogues croustillants.
Cocasse, déjanté, Bartelt nous entraîne dans un récit où la folie rôde avec, toujours, un sens de la formule qui fait mouche.
Encore un Bartelt dont je me suis délectée.
04 février 2009
Lune captive dans un œil mort
Je persiste, lis et en fais profiter autour de moi parce qu’il a un talent fou pour croquer ses contemporains Pascal Garnier et surtout parce qu’il reste un peu trop dans l’ombre. Je désespère dans les travées des 2 médiathèques où je suis inscrite. GARN : 2 livres dans l’une, 3 dans l’autre. Un petit mot dans le cahier des suggestions s’impose. Non mais !
Bon, revenons à ce dernier petit opus sur lequel je me suis précipitée sur les conseils avisés d’une autre fana qui m'a invitée à "sauter dessus d'urgence" ! Belle idée Mous !
"C’est comme si on allait habiter en vacances toute l’année".
Il faut dire que les Conviviales assurent confort et sécurité, deux mots-clés qui ont fait mouche pour Martial et Odette, maxime et Marlène.
C’est dans ce bunker ensoleillé, cette "résidence clôturée et sécurisée", qu’ils ont décidé de poursuivre leur route.
Ils n’ont plus qu’à se laisser vivre.
"Tout ce temps, à présent… C’était comme la traversée d’un long dimanche. Le temps lui appartenait, à elle, rien qu’à elle, elle pouvait en faire ce qu’elle voulait. Cependant, cet immense territoire vierge dont on lui faisait cadeau n’était qu’un gros glaçon flottant sur un océan de vide qui fondait davantage chaque jour. C’était un peu angoissant, elle avait peur de gâcher. Elle n’avait pas l’habitude. C’est encombrant la liberté".
Martial et Odette, les pionniers, vont attendre patiemment l’arrivée des nouveaux. 50 maisons, cela fait du monde, mais pour l’heure, ils sont seuls, regardent la pluie tomber sous la surveillance de M.Flesh, le gardien qui joue son rôle sans sortir des rails ni un sourire.
Avec le printemps, en même temps qu’une amélioration climatique vont débarquer Marlène et Maxime, le dentier éclatant aux 4 vents.
On se sourit, on s’invite, on visite la région mais chacun a noté, une fois rentré dans ses pénates, de notables différences…
Léa, une femme seule ( !...) va vite rejoindre le groupe.
A trois battements d’ailes d’un moineau, l’installation d’un camp de gitans (3 caravanes) va venir perturber la quiétude toute relative de ce groupuscule. Flesh , cynique à souhait, va attiser la peur dans ces esprits un peu perturbés.
Sous le regard amusé (nous avec) puis ahuri (aussi) de Nadine, l’animatrice du club-house (jamais à court d’un petit pétard et ça va grandement l’aider…), les passions vont se déchaîner, le vernis craquer, les secrets voler en éclats. La folie guette certains, pour d’autres, c’est l’oubli.
Les Conviviales n’en auront plus que le nom. Pascal Garnier dépeint d’irrésistibles et pathétiques sexagénaires (plus ou moins) au bord de la piscine, au bord de la crise de nerf si ce n’est au bord d’un gouffre. Et si les Conviviales étaient réellement un cimetière doré ?
Pas besoin de longs discours pour nous offrir un petit chef d’œuvre mais quand même, vous ne pourriez pas les faire un peu plus longues vos belles histoires Monsieur Garnier ?
01 février 2009
Comment va la douleur ?
Pascal Garnier
Le livre de poche, 2007
Encore une rencontre hasardeuse à laquelle nous convie Pascal Garnier dans cet opus.
On échoue ici à Vals-les-Bains avec ses thermes, ses curistes, le Grand Hôtel de Lyon, sa rue principale, son casino et … Jean Ferrat. C’est là que va débarquer Simon, grand, sec, austère. Il a dépassé la soixantaine et compte bien prendre sa retraite après une vie mouvementée à travers le monde. Il est maintenant « exterminateur de nuisibles » comme il se présente. Il est plutôt tueur à gage sur les bords… Il doit assurer sa dernière mission mais un gros coup de mou l’a mené là, à Vals. Comment va la douleur ? Comme ci, comme ça. Elle est bien là et le mal le ronge de plus en plus, sournoisement.
Un parc, un banc. C’est là qu’il va faire la connaissance de Bernard. 22 ans de joie de vivre. Un gosse doté d’un optimisme à toutes épreuves qui s’émerveille de tout et suit le cours de sa vie sans se poser de questions. Il s’occupe du mieux qu’il peut de maman. Un personnage haut en couleurs cette Madame Ferrand dont l’objectif unique était de faire fortune. Elle vit aujourd’hui dans le local qui fut tour à tour magasin de modiste, commerce d’artisanat local, toilettage canin et enfin voyance. Les passages qui lui sont consacrés sont croustillants à souhait ! Les souvenirs sont là, plus ou moins embués dans les vapeurs du Négrita qu’elle siffle allègrement…
Bernard a accepté d’être le chauffeur de Simon. Tout s’emballe alors qu’ils mettent le cap vers le sud, vers sa dernière mission. Bernard se prend d’affection (et même plus) pour la veuve et l’orphelin (et pour cause, Simon a flingué le conjoint gênant) "ramassés" au bord de la route tandis que Simon peste dans son coin. Les gosses et les pleureuses, très peu pour lui. Tout ce petit monde va cohabiter cahin-caha et échouer dans un camping où Rose se prélasse, seule et très disponible à la vue de Simon...
Evidemment, ces personnages aux antipodes les uns des autres créent des situations et des dialogues savoureux. Mais c’est aussi très tendre, grinçant. Garnier rend ses personnage attachants tout simplement parce qu’ils sont très proches de nous finalement.
Le roman commence par la fin. Belle incitation à reprendre la lecture pour ne rien en perdre !
Mous est accro, tout comme Yv. Papillon a été touchée comme beaucoup d’autres…
05 janvier 2009
Malavita encore
Tonino Benacquista
Gallimard, 2008
J’ai mis du temps à mettre la main sur ce livre et je n’ai pas perdu une seconde pour l’extirper du rayonnage de la bibli. C’est avec une joie non dissimulée que j’allais retrouver la famille Wayne échouée à Mazenc depuis leur épisode normand.
Fred, le papa, mafieux repenti est toujours sous bonne escorte du FBI. La silhouette de Peter Bowles n’est jamais très loin dès fois qu’il lui viendrait des idées un peu trop farfelues. Il se tient peinard le Fred. Ecrivaillon, il a déjà deux titres à son actif sous un énième pseudo : Laszlo Pryor. Deux fictions qui n’en sont pas vraiment. Un pseudo qui n’en est pas vraiment un non plus. Malgré son "traitement", Fred n’a pas tout à fait décroché…
Il faut dire qu’il se sent bien seul… Alors, évidemment, le "temps de la splendeur" se fait plus présent que jamais. Il écrit avec pour seule présence, sa chienne Malavita.
Maggie, sa femme, s’est lancée dans la restauration à Paris. Belle, sa fille, toujours aussi belle se démène pour garder son chéri. Quant au fiston, Warren, il semble avoir trouvé sa voix, ailleurs aussi.
On navigue alors de l’un à l’autre entre Mazenc, Paris et le Vercors pour suivre le quotidien de chacun des membres de la famille Wayne avec de longues immersions dans le passé mafieux de Fred. J’ai adhéré sans restriction à la première aventure normande mais cette fois, je dois avouer que j’ai trouvé les ficelles trop énormes pour être crédibles. J’ai même trouvé le récit longuet, lassant et nul doute qu’il passera vite aux oubliettes. Une suite abracadabrante où seules les considérations littéraires de Fred m’ont amusée. Si Malavita ter pointe son nez, je risque fort de me méfier !
20 novembre 2008
Les romans n'intéressent pas les voleurs
Stock, 2007
Un grand merci à la petite main "innocente" à la bibliothèque pour avoir mis en évidence "les romans n’intéressent pas les romans" : il n’est pas resté longtemps sur son étagère et c’est avec un réel plaisir que je viens de découvrir Alain Rémond.
Jérôme Aramont s’ennuie ferme aux éditions Hurtebise à réécrire les textes médiocres d’un "auteur" qui fait la renommée et le succès commercial des dites éditions.
Heureusement qu’il y a Chloé (sa chérie), Jean-Paul (son ami d’enfance) mais surtout Santenac.
Pour Jérôme, Santenac c’est la vie, l’amour des livres, la famille qu’il n’a pas vraiment eue… Bref, avec les trois romans de Santenac, il a vibré, rêvé et puis, POF, plus rien. Disparu dans la nature le Santenac, laissant les "fidèles"
sur le carreau. Alors, Jérôme a lu et relu. Il espère fébrilement que son auteur fétiche sorte de sa tanière. Le coup de fil salvateur arrive enfin…
Je stoppe ici pour ne pas dévoiler plus que cela l’intrigue.
Si l’aventure vous tente, sachez que vous allez tomber dans un roman avec tout plein de rebondissements, faire des allers-retours entre Paris et l’Aveyron, découvrir le monde merveilleux de l’édition, celui des libraires créatifs et amoureux des livres… "Je me sentais bien dans cette taverne de livres. Je me sentais à l’abri, bien au chaud, avec ces remparts de papier tout autour de moi. Il y avait tellement d’histoires, d’intrigues, de personnages, dans ces milliers de pages. Tellement de rêves, tellement d’émotions… Chez Pierre, c’étaient des livres amis qui réchauffaient le cœur. Tout un fouillis comme un grenier rempli de foin, où on avait envie de se rouler pour le plaisir. Des livres comme un vieux rêve d’enfance."
Vous découvrirez la vie trépidante de Jérôme en tant que nègre de ce Bannister et dégusterez la prose de ce nullos dont les péripéties de son héros ne sont pas sans rappeler notre "Bébel" national dans le Magnifique ! Les quelques lignes de "Galopades aux Galapagos" sont un pur moment de bonheur !
Et puis, les nombreuses réflexions sur la littérature et notre rôle à nous, lecteurs dans cette aventure, ne manquent pas. "Lire, c’est vivre" y apprend-on. "Lire, ce n’est pas vivre" y apprend-on aussi ! Peu importe, je crois que je suis d’accord avec tout ça. Tentez de le dénicher : je vous le souhaite. Cuné est aussi emballée. Pour Dasola, c'est un pur bonheur !
Pour ma part, je vais suivre les conseils de Florinette !
16 novembre 2008
Seule Venise
Claudie Gallay
Editions du Rouergue, 2004
Critique "express" dans la série "je rattrape mon retard"
Venise, tel un écrin. On s'y laisse prendre. On se coule dans une ambiance d'un autre temps entre la pension de Luigi nichée au fond d'un grand jardin, une grotte-librairie, un café Place San Marco, les ponts et les venelles.
Magie des lieux où l'air sent la vieille pierre mouillée. C'est gris, c'est vert. C'est Venise en hiver.
C'est là que l'héroïne va se ressourcer. Elle y a trouvé sa tanière pour oublier. "L'amour est la chose la plus brutale qui soit. Il faudrait pouvoir s'en protéger".
Une belle douceur dans laquelle je vous invite à vous plonger sans retenue.
Anne évoque aussi des "heures de lecture en dehors du temps."
01 novembre 2008
La mécanique du monde
Nicolas Angtrom est le meilleur de sa catégorie. Poids lourd invaincu en matière de maintenance de photocopieurs jusqu’au jour où il va descendre de sa première marche et amorcer une descente aux enfers. "Je n’avais plus de travail, je n’étais plus rien".
Bernard Foglino
Buchet-Chastel, 2008
Critique "express" dans la série "je rattrape mon retard"
C’est le grain de sable qui va venir gripper la belle mécanique, faire ressurgir les fantômes du passé et plonger Nicolas dans une réalité d’apocalypse, suivant le pas de Gabriel, un clochard – homme, ange ou démon, on s’y perd un peu.
On est projeté dans un monde fabuleux, on côtoie le fantastique avec en toile de fond un contexte socio-économique tellement réel que le tout fait froid dans le dos.
Récit ponctué de réflexions drolatiques, je reste tout de même mitigée car j’ai lâché un peu prise dans ce récit extrêmement dense, un chouia fouillis.
Retrouvez l’avis de Clarabel ICI
29 octobre 2008
Parenthèse
Elles étaient trois, liées par leur jeunesse. Arlette, Ginette et Lucienne. La guerre, l’occupation : elles ont chacune réagi à leur façon entre fricotage et résistance mais à la libération, le même sort les attendait. Tondues.
Elles vont se retrouver 50 ans plus tard, le temps d’une parenthèse durant laquelle le passé enfoui au fond d’elles-mêmes va rejaillir. Des flash-back furtifs que Garnier distille par petites touches. Il livre l’essentiel tel quel sans s’appesantir, sans pathos. Il va zoomer en détail sur cette parenthèse de quelques jours, ausculter les gestes, les attitudes, les agacements mais surtout les meurtrissures de ces trois femmes.
Le hasard les a réunit une fois encore, malgré elles. Elles ont muré ce passé depuis leur séparation, "constipées de la mémoire".
Le voile va se soulever par à-coups, par bouts de vérité avouée ou devinée. Elles tournent autour de ce passé.
"Le silence s’égouttait sur elles comme la pluie qui perle au feuillage des arbres après l’orage. Elles n’avaient su que se résumer, mais c’eut été si difficile de décrire ce non-lieu qu’avait été leurs vies respectives après. Elles se retrouvaient toutes trois aussi vierges de mémoire que ce jour où elles avaient échappé à la populace, réfugiées dans le bois au bord de l’étang du Renard, épuisées, méconnaissables, rescapées d’une sorte de catastrophe naturelle, survivantes toutefois."
Un récit ponctué de coïncidences. L’étang du Renard en est l’ultime puisqu’il est le lieu choisi par le fils d’Arlette pour se construire un avenir heureux.
Un auteur "pépite" que ce Garnier. "Parenthèse" fait partie de ces récits touchants sans sensiblerie déplacée ou débordante. A découvrir, VRAIMENT, si ce n’est déjà fait !
27 octobre 2008
Le fiancé de la lune
Eric Genetet
Editions Héloïse d’Ormesson, 2008
J’étais d’accord pour jouer le jeu quand Suzanne (que je remercie !) de "chez les filles" m’a proposé "le fiancé de la lune". Je vous avoue que je suis bien perplexe et très embêtée pour vous en parler d’autant que vous devez vous dire "encore !"
Tout d’abord, une petite présentation de l’éditeur :
"Toujours entre deux hôtels, entre deux filles, entre deux missions, à quarante ans Arno Reyes est libre, sans attaches. Il voyage et vit léger, de Manhattan au Caire. Et n’aime rien tant que cette solitude et cette indépendance. Mais si l’existence d’Arno est vide, c’est peut-être de n’avoir pas encore rencontré Giannina. Malgré la désinvolture, en dépit de tout ce qu’il a pu apprendre, Arno attend l’héroïne romantique qui ferait de sa vie un cinéma. Et Giannina, avec son petit air d’Anna Karina chanteuse de jazz à la gloire montante, semble bien l’inaccessible étoile qui lui donnera le premier rôle…"
Un premier roman ? Allons-y !
Une belle histoire d’amour ! Pourquoi pas ?
"Quand l’amour s’emballe" est annoncé sur la couv’ : la formule m’apparaît bien inadaptée après avoir refermé le livre. De l’emballement ? Pour ma part, je ne l’ai pas du tout ressenti.
Arno fait partie de ces mecs solitaires "j’aimais dîner seul, vivre seul, être seul. La vie m’offrait la sensation d’un abandon contrôlé, d’une dérobade endiablée". Il survole les continents avec à la clé des contrats mirobolants qui le font vivre dans une bulle dorée. La nuit l’entraîne dans des lieux inconnus du simple quidam. J’ai déjà eu du mal à me raccrocher à cette ambiance surfaite et lisse et j’ai vite compris que l’histoire allait m’échapper. Spectatrice distante d’une histoire d’amour que je n’ai pas vue décoller, à moins que j’aie été aveuglée par toutes ces références littéraires et musicales qui alourdissent à mon sens ce court roman ?
"mon regard et le reste étaient absorbés par Gianinna. Une attraction, un grand huit. Visage pâle, perruque rose, comme Scarlett Johanson dans Lost in Translation. Elle avait un petit air de famille avec Anna Karina dans Pierrot le fou."
"Quand vous faites cette moue, vous ressemblez au clown Calvero dans Les feux de la rampe de Chaplin. On vous l’a déjà dit ?"
"Je suis allongée par terre avec mon chien, on écoute Brel : la chanson des vieux amants, ma préférée."
Même la seconde partie où Arno semble plus tourné vers la réalité ne m’a pas rendu le personnage attachant. Suis complètement passée à côté de cette "histoire d’amour sur fond de jazz, évidente et déchirante comme un standard".
Elles l'ont lu aussi : Cathulu, Lo, Aelys ...elles vous renvoient vers d'autres critiques.
Bluegrey n'est pas du tout emballée !.. Maijo est moyennement convaincue... Soie vient de mettre sa critique en ligne, spectatrice distante aussi...
29 septembre 2008
Nous vieillirons ensemble
Un dimanche aux bégonias, maison de retraite plutôt chic en région parisienne. On y est habitué aux appellations fleuries, je trouve pourtant celle-ci funeste, les bégonias ne faisant jamais long feu entre mes mains et pourrissant très vite. Cela m’a donné d’emblée un a priori négatif et sonnait plutôt "mouroir".
Quelle méprise ! On investit un établissement plutôt propret tenu rigoureusement par son directeur, philatéliste à ses heures.
Entre la séance bigoudis sous les mains expertes d’Elton, la messe télévisée et les papotages « people » de ces dames, on fait vite connaissance avec les résidents du lieu. Entre chamailleries, insultes à coup de "vieille guenon", la matinée va déjà bon train en ce dimanche. On va et vient d’une chambre à l’autre dans des odeurs de muguet, crème Nivéa ou de Pento. Les jupons sont ajustés, les napperons au point de crochet remis d’aplomb et les reflets violets dans les cheveux impeccables.
C’est parti pour un dimanche au rythme des pas peu assurés, des cannes, déambulateurs et fauteuils roulants. Une journée plus spéciale que les autres car c’est la journée phare de la semaine, celle des visites. Il y a les chanceux qui voient leur "petit monde" débarquer, bon gré, mal gré ; et ceux qui attendent en vérifiant que le combiné de leur téléphone est bien raccroché. Au cas où.
Plongée, contre-plongée. Zoom avant, zoom arrière : Camille de Peretti ausculte. On pénètre dans l’intimité de ces pensionnaires et l’on navigue entre tendresse, rancœur, regrets, envie, peur mais aussi une énorme dose de gaité et d’amour en dépit des ravages du temps ou de la mémoire qui fait faux bond.
Pas de surprise, on connaît de près ou de loin cet univers. La seule différence de taille est le talent de cette Camille pour nous le raconter. Excellent ! Mais vous êtes déjà nombreux à le savoir !
Les avis d’Anne,Caro[line], Cathulu, Fashion, Katell, Lily, Lou, Michel, Pascal, Papillon ...




