Baratin

sur mes coups de coeur

12 mai 2008

Ma vie d'Edgar

ma_vieDominique Fabre
Motifs, 2004

"J’étais un enfant calme et tranquille, mais j’avais les traits mongoliens, une sorte de froideur autour des yeux, des lèvres très pâles, des grosses joues, des grosses fesses, ce n’était pas seulement à cause des chromosomes ; j’entendais dire autour de moi il lui manque une case, à voix douce, en cachette, seulement j’avais aussi des oreilles, des oreilles phénoménales…"
Du coup, il l’écoute Edgar, ce monde qui fourmille autour de lui. Depuis sa petite carapace, il capte les sons et observe. De l’hôpital de la rue d’Avron où il va en consultation au parc Monceau, lieu de promenade où sa mère "traîne sa lassitude", il engrange les bruits des oiseaux, des trains, des bus, de la foule à la gare Saint-Lazare, du sifflet du chef de gare : direction le petit appartement à Asnières où ils vivent seuls. Du père, il n’en est plus question.

Dans les longs échanges avec sa mère, les yeux dans les yeux, qu’Edgar puise l’amour maternel. Ils sont malheureusement et bien souvent remplis de larmes et du Paris des années 60, Edgar va se retrouver bien vite accueilli dans une famille adoptive à la campagne, loin, loin.

Une nouvelle vie va commencer chez Ton Jos et Tan Gina, une vie simple, saine entrecoupée des appels de sa mère "ça va ? ben oui."

Un récit d’une grande simplicité à travers lequel l’auteur donne la voix à un gamin un peu simple d’une extrême sensibilité. Ça pince le cœur évidemment mais il n’est pas du tout question d’une histoire chamallow où la pauvre mère qui n’arrive pas à élever seule son enfant l’expédie ailleurs et snif, snif… que nenni. Il y a beaucoup d’humour et des scènes de tous les jours, d’une grande simplicité, certes, décrites avec beaucoup d’émotion. J’ai adhéré et trouvé ce petit opus touchant et d’une grande justesse !

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09 mai 2008

La taille d'un ange

taille_dun_angePatrice Juiff
Albin Michel, 2008

Je le mets dans mes "auteurs favoris à suivre de près" ! En attendant le 3ème opus... C’était ma conclusion ici…et ça y est, le troisième est sorti en février dernier ! Patrice Juiff nous offre sur un plateau ce recueil de 9 nouvelles sur son thème de prédilection : la famille.
Pas de photo de famille réjouie de se trouver regroupée pour immortaliser le bonheur. Ici, ce sont 9 histoires coup de poing dont il est question. On entre dans le vif du sujet dès la première phrase : "Vince a pris douze ans de taule", " je viens de me disputer avec Olga", "papa nous tabasse tous les dimanche matin", "mon père est mort il y a à peine un mois et demi", "la première fois que j’ai vu ma mère, c’est sur une photo"...
Pas de fioritures, chaque nouvelle nous emporte donc au cœur de drames familiaux entre la violence d’un père et le silence d’une mère (Le dimanche matin), l’incompréhension en face d’une mère annonçant qu’elle veut présenter son nouvel amant à ses enfants un mois et demi après la mort du père. "J’ai du mal à ne pas me dire qu’il est cocu. Un mort cocu. Il n’est pas mort depuis assez longtemps pour supporter qu’on le remplace aussi vite. C’est un mort trop neuf. Merde. Un cocu trop neuf. Un mort cocu vraiment trop neuf." (Ma mère est vivante).

C’est aussi le constat qu’un jour l’amour s’en va "Reine et moi vivons encore ensemble parce que nous ne savons pas vivre autrement" (Chienne perdue) … alors qu’un autre naît "Quand j’ai rencontré Cécile, j’étais donc en train de crever. A petit feu. Comme tous les vieux" (Un cœur en commun).

Des histoires qui nous emmènent au cœur des foyers, bien calfeutrées derrière les volets. On est en plein drames. Ceux dus à l’alcool, ceux que l’on a tus et qui remontent soudain à la surface… Ce sont surtout des histoires d’amour qui charrient leur torrent d’émotions mais attention, on est loin du pathos et du misérabilisme ici. Tout est dans la retenue, les silences, les contradictions quand on aime...
Un panel de situations que l’on pourrait trouver dans les pages faits divers. Et ça secoue, inévitablement, car on s’y retrouve forcément quelque part.

C’est noir, on côtoie des milieux défavorisés dans la plupart des nouvelles, des banlieues peu attirantes mais là n’est pas l’essentiel. On est littéralement happé par ses destins et l’auteur fait mouche à chaque fois. Ma gorge s’est vraiment coincée une fois avec la dernière nouvelle "le premier vrai souvenir que j’ai d’elle" dans laquelle un gamin raconte sa sœur.

J’espère qu’avec cela, je ne vous aurais pas faire fuir car c’est à découvrir ! Les amateurs de nouvelles, tentez, c’est le moment !

Maintenant, j’attends le petit quatrième !...

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30 avril 2008

Les noeuds

les_noeudsFranz Bartelt
Le dilettante, 2008

"-  Mon fils, n’aie jamais peur du lendemain. Le monde aura toujours besoin de nœuds. Je commence à comprendre que les anciens ouvraient la bouche aussi pour dire n’importe quoi ".
Basile est le dernier d’une dynastie de « maîtres nœuds ». Génération après génération, les Porquet ont vécu des époques grandioses, ils étaient l’élite du pays. Aujourd’hui, des bouts de carton ont remplacé les vitres cassées, il pleut dans la masure remplie de cordes en tous genres. Plus d’espoir d’en vendre aujourd’hui !  Qui aurait besoin de nœuds d’ailleurs ! On ne grimpe plus à la corde à nœuds à l’école ! La marine ? Pffft !
Pourtant, il sait en faire des nœuds ! Un vrai virtuose dans son genre, c’est sa vie, à tel point qu’ils ont occulté tout le reste ces foutus noeuds. Il est seul aujourd’hui. Contrairement à ses aïeux, il n’a pas trouvé de femme. Avec lui va s’éteindre la dynastie.
Dans sa très grande solitude, il soliloque. "Es-tu heureux, Basile ?... Je ne saurais dire, Basile, disait-il, car vois-tu, le nœud a tellement envahi ma vie qu’il a pris la place du bonheur". 
Alors, il se l’invente ce bonheur. Elles défilent les belles dans son imagination avec une préférence tout de même pour la femme du chômeur d’en face. Mais c’est surtout Notre-Dame de la Consolation, "eau bénite à 45%, reliquat des opérations alambiquées" de son arrière-grand-père Achille Porquet, qui lui tient compagnie et lui réchauffe la carcasse.
Faute d’avenir, il revit le passé prestigieux et Bartelt dépeint une scène de retrouvaille à la fois hilarante et tellement pleine de tristesse ! On passe du cocasse au tragique car c’est la fin d’un monde dont il est question. Dans le délire solitaire de Basile, Bartelt, avec sa verve habituelle, nous livre un récit succulent, une fois de plus !
Un petit régal.

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27 avril 2008

Nous sommes tous des Carthaginois

nous_sommes_tousCatherine de Saint-Phalle
Buchet/Chastel, 2004

"J’ai oublié quelque chose en route. Je ne sais pas où. Je ne sais pas quand. La sensation est fugitive et tenace." 
Joséphine nous livre une partie de son enfance parisienne entre des parents quelque peu particuliers, Mauve, sa nurse, la chambre rouge, les fées et les anges mais aussi les cauchemars, l’école des sœurs Videlange où elle apprend à faire des bâtons.
C’est surtout un récit en grande partie autobiographique. "J’ai voulu, avec ce livre, me remettre dans la peau de cet enfant qui est encore là à me regarder comme si elle cherchait quelque chose."
Alors, effectivement, on lit le sourire aux lèvres le récit de cette fillette choyée par Mauve qui comprend, veille, dorlote… on se demande de quelle planète viennent ses parents, entre une mère cleptomane et frivole et un père, qui tous les samedis lors de promenades, se lance dans des tirades sur les Romains, les Grecs, les Macédoniens et surtout les Carthaginois. Il y a aussi, tous ces frères et sœurs dont son père lui annonce l’existence, comme ça, en passant…
"
Parfois, je me demande si cette chose que je cherche ne me vient pas de tous ces gens que mon père a planté dans ma tête ."
Un roman sensible, souvent drôle, des personnages hors normes mais j’avoue avoir peiné un peu lors des passages justement sur les Carthaginois, trop longs à mon goût. J’ai un peu décroché mais l’ensemble est touchant, alors…

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22 avril 2008

La plieuse de parachutes

la_plieuseMercedes Deambrosis
Buchet/Chastel, 2006

C’est dans une ambiance pesante que nous plonge Mercedes Deambrosis avec la plieuse de parachutes.

Grisaille sur Paris en ce mois d’octobre… lettre à en-tête d’une maison de retraite annonçant le décès de Georges R… Père-Lachaise… crématorium.
Quatre personnes sont présentes et attendent le moment qui va emporter à jamais cet être que personne n’a jamais vraiment connu. Il y a le cousin et la cousine, l’ami et la bru du défunt. Le fils, lui, va une fois de plus rater ce dernier rendez-vous avec le mort…embouteillages… D’ailleurs, ils ne se sont jamais connus non plus. Depuis sa rencontre avec sa deuxième femme, le père a dû tout balayer autour de lui ou plutôt, c’est elle, cette plieuse de parachutes qui a fait le vide. Il a suivi.
Bien sûr, il y a eu les tentatives de raccrocher les wagons, rattraper le temps. Ils ont tenté ce père et son fils. Ils se sont revus…
"- Ah, bonjour, dit-il aimablement. C’est vous ? – Oui Monsieur, j’étais venu… il n’osa rien lui dire de plus, ni lui rappeler leur rendez-vous."
Le malaise est d’emblée présent. Deux heures d’attente au crématorium durant lesquelles des inconnus vont évoquer un mort que finalement personne ne pleure vraiment, entre non-dits et sous-entendus. "J’aurais dû penser aux fleurs" regrette la belle fille.

Le froid pénètre, la grisaille décline ses dégradés au fil des saisons. Entre le crématorium et la maison de retraite, les murs résonnent de ce vide qui existait entre le père et son fils. Pourtant, de l’amour, il en était question. Sûrement.
Radioscopie d’une absence faisant sombrer dans une solitude sordide.
"Aussi, il y avait encore des choses très importantes auxquelles se rattacher : les repas, la chaleur, l’absence de douleurs aux jambes, sa place derrière la colonne de la salle à manger, à quelques pas de l’entrée de la cuisine, ce qui lui procurait le plaisir de manger chaud, puisqu’il était servi parmi les premiers. Il avait toujours aimé manger chaud."

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15 avril 2008

La vie en lunettes roses

La_vie_en_lunettesLaurie Colwin
Autrement, 2003

Des lunettes roses, une poignée de carambars chipés illico par un petit baratineur toujours aux aguets quand une lettre rebondie arrive. Ok, c’était écrit que c’était pour lui… De mon côté, je me suis plongée dans ces deux nouvelles de Laurie Colwin avec autant de gourmandise car par extraordinaire, je ne les avais pas lues. Quand Fashion me les a proposées, j’ai répondu avec un grand OUI enthousiaste car Colwin, j’adore !
Dans la vie en lunettes roses, elle nous embarque au sein de la communauté universitaire pour suivre Ann dans sa quête "herboristique".Défoncée 24/24, elle est aussi très accro à son prof de mari. "Thorne m’emmena vivre à la campagne. Il avait été nommé dans un institut universitaire exclusivement masculin où, à mon sens, ne devait circuler aucune drogue. Qu’il pût m’entraîner dans un tel lieu était symptomatique de l’état de dépendance amoureuse dans lequel il m’avait mise". Pourtant, la campagne recèle des trésors que l’on ne soupçonne pas… il suffit de chercher un peu… On suit alors Ann dont le seul talent est de planer et qui redevient une ménagère (loin d’être exemplaire) tous les soirs auprès de Thorne qui ne s’aperçoit de rien… L’amour rend-il réellement aveugle ?
Tout comme ce Philip Hartman dans la nouvelle une fille dangereuse, qui va entretenir une liaison pour le moins singulière avec l’étrange Lilly. "Blonde, de taille moyenne, elle pouvait avoir entre vingt et trente ans. Son visage ne livrait rien ; elle était vacante, mais non passive. Elle avait un œil vert et un œil bleu. Cette disparité lui donnait la profondeur qui caractérise le visage des statues – sauf que celles-ci n’ont pas d’yeux… Sa présence était presque neutre, ses vêtements étaient neutres… On est devenus amants, si ce terme est approprié, puis elle est partie sans un mot, sans laisser un seul cheveu sur l’oreiller, le moindre mégot…rien."

Une bonne dose d’herbe, des femmes dont les hommes pensent qu’elles sont candides ou folles, des hommes menés par le bout du nez par les femmes, un grand souffle de liberté, le tout dans une ambiance universitaire bien pensante mais finalement complètement farfelue : Plongez dans ces deux nouvelles avec ou sans lunettes roses, c’est un vrai petit régal pour les inconditionnelles de Laurie Colwin !
Fashion a tellement peu de place dans sa bibliothèque qu’elle vous propose cette petite virée en lunettes roses ! manifestez-vous !
Quelle coïncidence ! Uncoindeblog en parle ici !

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28 mars 2008

Le jour des corneilles

le_jour_des_corneillesJean-François Beauchemin
Les Allusifs, 2007

Voilà un livre bien étrange que le jour des corneilles !
Je me suis retrouvée plongée dans une contrée inconnue. Evidemment, la nationalité de l’auteur fait virevolter l’imagination vers le Nord américain mais rien n’est sûr… Quant à situer l’histoire dans le temps… cela reste un mystère qui titille ma curiosité….

Direction la forêt où vivent les Courge père et fils. Tous deux vivotent de leur chasse, isolés du reste du monde. Le père n’aime pas les humains et a imposé à son fils une vie d’ermite. Sortir de la forêt n’est pas envisageable. Mettre un pied dans le village ? C’est risquer les foudres du père. On apprendra au fil du récit ce qui a provoqué cet isolement mais l’auteur prend un malin plaisir à retarder le moment et je ne vous en soufflerai mot mais le jour des corneilles est le point de départ et explique pourquoi le père a choisi cette vie. Ce jour funeste explique surtout son comportement parce qu’évidemment, il est très très particulier et entretient avec son fils des relations elles aussi particulières. Tout commence pour ces deux-là, le jour même de la naissance du fils (on ne connaît pas son prénom, lui non plus d’ailleurs) qui est également le jour de la mort de la mère. Le père va  tourner maboule et commencer dès ce moment à être habité par "ses gens" qui lui prescrivent des tâches à chaque "visite". Le fiston en fera les frais mais obéira "sans rouspète".
Autant dire que chaque scène, menée par un être possédé est autant cruelle que cocasse et le fils s’en tire étonnement. " Je n’eus point de rêvement cette nuit-là, mon casque s’affairant sans doute à besognes plus urgentes : replâtrage d’entendement, ressemelage de notions, raccommodage de lumières et remises en état semblables ".

Malgré tout ce qu’il endure, rien ne le détourne du questionnement qui le hante. "J’observais père. Oh comme je le chérissais, ce bourgeois inventeur de mes jours ! Comme je le vénérais…Voilà pourquoi je me questionnais tant : père m’aimait-il, m’aimait-il seulement ? "

C’est au travers d’un monologue du fils au tribunal qu’est contée la vie de ces deux-là entre parties de chasse, veillées, magasin d’accoutres à regarnir, lecture des astres, "visite des gens" pour le père, vision des morts pour le fils…
Et l’on se demande tout au long du récit ce qui a pu l’amener devant un juge. Finalement JF Beauchemin nous balade bien, dans un récit où le temps semble suspendu. On ne sait pas où l’on est ni où l’on va mais quel délice ! Car c’est d’une belle histoire d’amour dont il est question. Celui d’un homme pour sa femme morte très jeune, celui d’un fils pour son père, celui d’un jouvenceau qui lors d’une incursion au village va rencontrer Manon et... des sensations jusqu’alors inconnues. "Diable ! Quand vous me touchez la main tel qu’ainsi, c’est comme si farfadettes me chatouillaient sous le pied ! Cela me met hilarités au corps !"

Le tout est servi (et c’est là que c’est jubilatoire) dans une langue d’une richesse et d’une inventivité incroyable. Le mystère plane encore car l’auteur nous embrouille une fois de plus par ce biais. Est-ce un vocabulaire somme toute courant au Québec ? Une pure invention ? Tout porte à croire que l’histoire se déroule en des temps reculés mais la rencontre avec certains mots "modernisés" casse vite la théorie !

Mais est-ce bien important ? Beauchemin nous embarque dans les méandres de l’esprit torturé de l’être humain entre quête effrénée de l’amour ou démence de l’avoir perdu. Un roman étrange, inattendu, extraordinaire. Une belle découverte qui ne peut laisser sans réactions. Une belle gourmandise pour les adeptes des néologismes et bons mots !
J’ai lu ici et là que le livre serait adapté à l’écran d’ici 2010, j’ai hâte de voir le résultat !

Malice en parle également ici après deux lectures !

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11 mars 2008

Un après-midi avec Rock Hudson

un_apremMercedes Deambrosis
Buchet/Chastel, 2001
Point Seuil, 2006

"Les années ne passent pas en vain pour nous les femmes…"
Belle entrée en matière qui, j’espère ne fera fuir personne !
Dans un après-midi avec Rock Hudson, Mercedes Deambrosis nous sert sur un plateau un petit plat aigre-doux comme je les aime.
Dorita et Carmen se sont perdues de vue depuis l’adolescence et pourtant, Dorita n’a pas oublié !
"Comment as-tu fait pour me reconnaître ? Quelle mémoire Dorita, quelle mémoire après tant d’années…
Cette pauvre fille est encore plus laide que lorsqu’elle était au lycée, comment aurais-je pu l’oublier ? pensa Dorita, et à voix haute : mais tu n’as guère changé ma chérie, dès que je t’ai aperçue, je me suis dit : mais c’est cette bonne amie Carmen Gonzalo y Gonzalo."
Elles sont aujourd’hui quasi sexagénaires, l’après-midi sera long et l’on assiste médusé à une rencontre où les forces en présence ne sont pas très égales.
Dorita prend d’emblée la situation en main, impose, critique, s’esbroufe en prenant des airs de supériorité, étale son statut de bourgeoise à l’aise dans son chemisier étriqué. En face Carmen fait plutôt pâle figure avec son manteau sans forme, ses cheveux gras et ses chaussures masculines. Elle va subir les assauts de cette furie de Dorita, essuyant les remarques désobligeantes tout en sirotant les verres de Martini imposés par de cette vieille copine.
L’une se vante d’avoir trouvé le mari qui lui était destiné, l’autre pleurniche de ne pas l’avoir trouvé, ou presque…
Les souvenirs remontent à la surface, le fond de teint craque au fil des heures, les yeux larmoient, les verres défilent au rythme des regrets égrenés et finalement ce tableau laisse entrevoir bien évidemment une face cachée…
Hou là que cette rencontre est cruelle ! Des pics, des remarques vachardes, des retrouvailles dont on ne rêve pas particulièrement mais… c’est cruellement succulent !
Quid du titre me demanderez-vous ? Je vous laisse le découvrir, c’est aussi cruellement jubilatoire
!

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03 mars 2008

La Belle Maison

la_belle_maisonFranz Bartelt
Le Dilettante, 2008

Impossible de passer sans ciller lorsque j’ai vu la belle couverture de ce petit opus et puis c’est un Bartelt, alors… Si vous n’avez pas compris que j’ai craqué pour lui !...
Bref, à peine en poche et déjà lu. Il faut dire qu’il sait raconter les histoires ce monsieur et j’ai plongé littéralement dans cette histoire villageoise hors du commun, ou presque. 
Direction Cons-sur-Lombe. On pourrait croire que Bartelt  force le trait avec le nom de cette bourgade mais il le dit lui-même, Cons-la Grandville a existé pour s’appeler maintenant La Grandville.Alors, pas de rapprochement trop hâtifs avec ce "Cons", quoique !
Bref, revenons à notre petit village "avec près de deux mille habitants, une place équipée de sept bancs de couleur, d’un jet d’eau et d’un abribus pourvu d’un plan de la commune… Cons-sur-Lombe était un village qui se donnait des airs de grande métropole sans renier ses origines céréalières…"
Il faut dire que M.Balbe, le maire, met toute son énergie dans la gestion de cette commune avec une devise plus qu’ambitieuse "Toujours plus et toujours mieux qu’ailleurs" dans le mépris ou l’ignorance de la loi. Comment ? On ne peut pas doubler la surface du terrain de foot ???  Pourtant, "avec un terrain plus long et plus large, et des buts en proportion, nous montrerions au monde entier que les Consiens sont de fameux joueurs, qu’ils courent plus vite et plus longtemps que les châtrés des autres équipes !"
Il ne recule vraiment devant rien pour faire de Cons "la pierre angulaire du carrefour incontournable". Il a la phrase choc, le parler haut et fort, ce qui ne l’empêche pas de cacher derrière sa carcasse (il pèse tout de même 160 kg) une fragilité à fleur de peau et de fondre littéralement en visionnant la Dame aux Camélias. Est-ce un hasard d’ailleurs s’il a épousé une créature souffreteuse ? "Toujours entre deux maladies, elle vomissait à volonté, présentait des fièvres et des symptômes éruptifs qui renouvelaient sans cesse les thèmes de ses bavardages."
Cons vit donc au rythme des trouvailles du maire. On y retrouve évidemment  le "2ème bureau" du maire : "En attendant d’officialiser ses méthodes à l’aube du troisième millénaire, il prenait ce qu’il appelait des Décrets de comptoir, chez le Josse, tenancier de la Gurlette, un établissement prospère et sans concurrence, qui présentait l’avantage de se trouver à un moment ou un autre de la journée obligatoirement sur le chemin du Consien moyen, qu’il se rendît à la mairie, à l’église, à la poste, à l’épicerie du père Chéchème…"

Seule ombre à ce tableau idyllique : les Capouilles, un couple de marginaux échoués à Cons plusieurs années auparavant qui vivent de petits boulots et ne demandent rien à personne. Certes, ils vivent dans une vieille masure excentrée du bourg mais tout de même, pour Balbe, cela ne peut durer. Sous la houlette du maire,  les notables vont entreprendre de faire le bonheur des Capouilles malgré eux : Rénover " la Belle Maison" et l’offrir aux Capouilles !
Voilà une peinture villageoise des plus cocasses mais, sous le vernis apparaissent des touches bien plus sombres, une réalité que Balbe veut transformer sans comprendre. Peut-on tout faire au nom du bien ?   Balbe, en tout cas fonce, c’est dans son caractère et toute la fourmilière suit. On assiste à du grand burlesque avec les après-midi de ces dames et surtout l’affrontement entre le maire et le curé pour la bénédiction de la maison ! (du Don Camillo sur Lombe !)
C’est surtout dans l’évocation du couple Capouille que je fonds. "la poésie est une invention rassurante pour l’homme" selon Bartelt, elle est au cœur du roman, dans le cœur et la vie des Capouilles et c’est un pur plaisir !
Je ne saurais que vous conseiller la lecture de ce joli roman évidemment ! Laurence a également aimé !

Posté par valdebaz à 21:24 - Côté romans - Commentaires [17] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 février 2008

Les derniers indiens

les_derniers_indiensMarie-Hélène Lafon
Buchet /Chastel, 2008

"Les armoires sont pleines. On ne va plus dans la pièce du haut, on dort en bas, on vit en bas ; c’est assez grand, ça suffit, pour deux."
Ces deux-là, ce sont Marie et Jean, la soeur et le frère. Les deux rescapés de la famille Santoire. Quatre générations se sont succédées dans cette maison qui peu à peu a laissé de plus en plus de place aux morts et aux souvenirs.
Marie raconte, égrène et révèle ce que furent les Santoire, ce temps où la famille avait de l’importance et était estimée dans cette région chère à l’auteure. On retrouve ici les ambiances, les paysages déjà rencontrés dans Organes.

La maison est située près de Riom. Le domaine autour s’est lui aussi rétréci. Les troupeaux ont fait place au vide. Les terres ont été louées. L’argent rentre mais ils ne le dépensent pas. Ils ne savent pas, ne cherchent pas non plus à connaître le montant qui s’accumule.
"A Riom on allait à la banque pour retirer l’argent liquide qui était nécessaire pour les courses de nourriture, ou la coiffeuse, et d’autres menus frais".
Ils se contentent de peu et profitent des passages de la boulangerie/épicerie où ils se ravitaillent 2 fois par semaine. Ces deux-là vivent sur leur île désertée par les vivants. Le facteur, le dernier lien avec le réel, est parti à la retraite. De grosses boîtes aux lettres ont été installées au bout du chemin. "Marie avait été contente quand on avait installé ces boîtes. Le facteur ne viendrait plus dans la maison. Elle n’aimait pas cette cérémonie, toujours la mère prenait une pose, et le facteur, depuis vingt-trois ans, avait l’air de ne s’adresser qu’à elle, de ne voir qu’elle, et ne disait que Bonjour Madame Santoire, même si quelqu’un d’autre était dans la pièce".
Seuls les voisins, les Lavigne, cette tribu bruyante et chamarrée, les relie à la réalité, à cette modernité dont ils sont devenus les spectateurs derrière les fenêtres.  Ils vieillissent, ils assistent passifs au remue-ménage de cette smala. La mère, omniprésente, désapprouvait, niait, ignorait déjà cette présence mais les regardait, les écoutait rire. "Ils savaient qu’ils n’étaient pas du même rang. La mère disait le mot rang dans sa gorge, il roulait presque doux, elle parlait aussi de ne pas mélanger les torchons et les serviettes."
La mère, personnage central du roman, hante toujours l’esprit de Marie. Organisée, rude, autoritaire, lointaine… Jean et Marie en ont gardé les stigmates et n’ont pas pu, pas su, pas voulu connaître l’amour à leur tour. Seul, Pierre avait grâce aux yeux de cette mère. Il est pourtant parti pour voler de ses propres ailes pour revenir mourir près des siens.

Avec Les derniers indiens, c’est une fois de plus un vrai grand coup de poing que l’on reçoit. Rigueur des cœurs, distance des corps, négation de l’amour, rage et rancœur renfermées et ce drame qui plane tout le long du récit (le meurtre de la petite Lavigne)… C’est une histoire dure, rude d’une famille qui se consume et va s’éteindre. Dès cette quatrième génération, les signes d’une future extinction s’étaient manifestés. C’est une histoire de corps qui deviennent secs d’être restés trop longtemps sous le joug d’une mère rigide, des corps qui n’ont plus réagi même si l’envie d’une autre vie avait germé mais trop tard. Le temps a fait son œuvre.
J'aime définitivement les ambiances des romans de MH Lafon qui nous renvoient immanquablement quelque chose de nous mêmes,  des parfums, des souvenirs...

On ne peut pas parler de Marie-Hèlène Lafon sans citer Clarabel ! Et l'incontournable Auteurstv pour écouter nos auteurs fétiches !

Posté par valdebaz à 23:27 - Côté romans - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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